LIVRE. III
rieux qui nous dispensera de prouver la substitution directe et équivalente du paupérisme au servage. Voici comme cet historien raconte l'origine du paupérisme :
a J'attribue, dit-il , l'apparition d'une nouvelle classe d'hommes, désignés désormais sous le nom de pauvres dans la législature, à l'introduction des manufactures et à l'émancipation qui en fut la conséquence. Les maîtres affranchirent alors leurs serfs , et beaucoup prirent la fuite loin d'eux avec l'espoir de trouver fortune dans les chances du trafic. Par ce terme de pauvres, il faut entendre les hommes libres, incapables de travailler par maladie, vieillesse ou toute autre cause, et obligés pour subsister d'avoir recours à l'assistance des personnes charitables. Cette dénomination n'était pas applicable à ceux qui étaient restés dans l'état de servitude , puisque l'obligation de servir un autre pour vivre {for live) impose au maître l'obligation réciproque de fournir à son esclave les choses nécessaires a la vie; et , en effet, dans les premières périodes de notre histoire , il en fut nécessairement ainsi. A l'exception de ceux qui étaient engagés dans le commerce et les manufactures , et qui ne formaient alors qu'une faible partie de la nation, le peuple en général ne subsistait que par l'agriculture , et comme la terre était possédée par un petit nombre de grands propriétaires et cultivée par leurs serviles vassaux {dépendants), c'était aux lords-propriétaires que , dans les temps de détresse, un tenancier incapable d'acquitter ses charges , ou un serf âgé, pouvaient s'adresser pour en obtenir des secours. Assurément , dans les temps de calamité , lors des mauvaises récoltes ou des ravages de la guerre, un grand propriétaire terrien était souvent aussi embarrassé pour donner à manger aux bouches affamées qui l'entouraient, qu'un travailleur libre l'était de se sustenter lui-même; et une famine, nous en sommes assuré, se faisait aussi rudement sentir au tenancier d'un cottage qu'au manufacturier... Dans un temps où la nation se composait principalement de deux classes, celle des possesseurs de terre et celle des cultivateurs serviles, les derniers avaient toujours, au moins dans les temps ordinaires , un fonds de subsistance assuré qui les faisait vivre; et, quoiqu'ils ne pussent pas acquérir la propriété , ils étaient sûrs au moins de ne pas manquer de nourriture ; il était de l'intérêt de ceux qui avaient le droit de