‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 6 sur 314 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

M. le président. — Et votre mère?

Béasse. — Pas plus, ni parents ni amis; libre et indépendant.

Le tribunal condamne Béasse à deux années de détention dans une maison de correction.

Béasse fait une assez laide grimace , puis reprenant sa belle humeur : « Deux ans ! de quoi ! c'est jamais que vingt-quatre mois. Allons, en route! »

[Extrait de la Gazette des Tribunaux. — Août 1840.)

N'est-ce pas là la vie sauvage en pleine civilisation ?

La mendicité est le vagabondage de l'homme adulte; c'est un retour souvent volontaire et prémédité vers la barbarie.

La mendicité, tant de fois proscrite et toujours florissante , est ordinairement l'effet delà misère effrontée et coupable. Elle est souvent une industrie où , comme dans toutes les autres , le plus habile gagne davantage; mais, innocente ou criminelle, elle est un reproche vivant pour la société qui la tolère, faute d'institutions capables delà prévenir et de la réprimer. En Angleterre, grâce aux nouveaux work-houses , la mendicité est à peu près abolie ; et comme la misère résultant des infirmités et de la vieillesse est sûre de trouver un charitable asile , la gueuserie vagabonde est efficacement réprimée. Dans certaines Unions , des circulaires avertissent les habitants de refuser toute aumône aux mendiants, et de les adresser immédiatement aux work-houses où ils sont admis sans aucune formalité , sur la demande d'un habitant de l'Union. Si le mendiant est reconnu infirme on incapable de travail, on lui offre l'admission définitive dans une maison de secours, et on le garde jusqu'à ce qu'il soit décidé à quelle Union il doit appartenir ; si le mendiant n'est qu'un vagabond, capable de travail , le régime appliqué aux adultes dans les work-houses , et particulièrement l'exercice du moulin à bras, en ont bientôt débarrassé la charité publique. L'inconvénient de ce système , que nous avons étudié, est de supposer qu'il n'y a que deux espèces de misère . celle qui vient des infirmités, de l'âge, de l'incapacité du travail , et celle qui est le résultat de la paresse et du vice. Malheureusement il y en a une troisième espèce , plus nombreuse «lue les deux autres , surtout en Angleterre , et pour cette espèce-là le régime du work-house est un déni de charité et une

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