‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 53 sur 314 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

nous serait facile de démontrer que presque tous les vices du régime actuel tiennent aux abus du passé. Pourquoi le travail n'a-t-il pas dans le monde réel la place ni la part que lui re- ' connaissent aujourd'hui le sentiment public , la raison et la science? Pourquoi, dans presque tous les pays, le monde mesure-t-il la considération individuelle sur l'oisiveté plutôt que sur le mérite et le travail ? Pourquoi , en un mot , l'indépendance économique , que la volonté d'un testateur, le caprice d'un donateur, un coup du sort, une chance du jeu, peuvent vous assurer subitement, est-elle si difficile à conquérir encore par le travail?

Il suffit de jeter les regards en arrière pour nous rendre compte de ces faits. Autrefois, le principe du droit, c'était l'occupation par l'épée ou la transmission par le sang : ces manières d'acquérir étaient regardées comme les seules honorables, et toutes les lois , toutes les institutions sociales , avaient

1 pour but de les protéger. Examinez un moment les lois qui réglaient autrefois la transmission delà propriété, la vente et les échanges, et vous reconnaîtrez avec M. de Sismondi (1) qu'elles ont été habilement calculées pour maintenir à jamais l'instrument du travail, la terre et les capitaux, entre les mains de quelques privilégiés qui regardaient le travail comme indigne d'eux, et pour rendre impossible au travail la conquête de l'indépendance. Quand les législateurs auraient eu pour but de faire aux nations le plus de mal possible, de tarir pour jamais en elles les sources de la richesse et du bonheur, il leur eût été impossible de mieux rencontrer.

« Ce n'est pas pour eux seuls, dit M. de Sismondi, que les riches font fructifier la terre, c'est pour toute la nation; et lorsque, par un dérangement dans leur fortune, ils suspendent les

'pouvoirs productifs des campagnes , il importe à toute la nation que leur propriété passe à d'autres détenteurs (2). » Voilà

'ce que disent le bon sens et la justice, mais la législation disait autrement, et elle faisait tous ses efforts pour obtenir un effet

jcontraire à celui que réclamaient les véritables intérêts des nations. La loi voulait que l'instrument du travail restât éter-

(1) Nouveaux Principes d'Economie politique , i, m, en. xi et xn.

(2) Ibid, , chap. xi, tom. i, p. 269,

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