LIVRE III
nettement entre les mains de l'homme qui était incapable de le faire valoir, et qu'il n'arrivât jamais aux mains de l'industrieux. Elle avait imaginé les inventions les plus ingénieuses connues sous les noms de substitutions 7 majorât s , commanderies , biens de mainmorte, fidéicommis , etc., afin d'empêcher le prodigue et l'incapable de se ruiner, et l'homme honnête et laborieux de s'enrichir. Ces lois de privilège , en partie détruites dans notre pays, y ont laissé des traces profondes auxquelles on les reconnaît facilement. Le droit d'hérédité et de (estament dépasse, comme nous le verrons plus loin, les limites que la justice et l'intérêt commun lui imposent, et les lois qui régissent la vente et l'aliénation des terres se ressentent encore trop des lois de privilège. Aujourd'hui , la propriété agricole elle-même réclame contre la protection exagérée sous laquelle on l'a comme enchaînée : la terre, le plus solide de tous les gages, est celui qui obtient le moins de crédit, à cause des formalités qui s'opposent à l'entrée en jouissance de celui qui l'a reçu. On demande généralement en France la réforme du régime hypothécaire et des lois sur l'expropriation , instituées pour favoriser la conservation de la propriété dans les mêmes mains. Le temps, qui veut que toutes les richesses se mobilisent et circulent librement, afin d'arriver entre les mains de ceux qui savent en user, est plus puissant que les lois , et il emportera sans s'arrêter celles qui s'opposent à sa niarche.
Dans notre pays, l'œuvre de la justice est commencée , et la loi civile qui décrète l'égalité des partages ouvre au régime économique de la France une ère toute nouvelle. Mais les abus légués par l'histoire ne sont pas encore abolis en entier, et le travail n'occupe pas encore , de l'aveu de tout le monde , la place qui lui appartient. Si des privilèges ont jamais dû être constitués, c'est en faveur du travail , et c'est contre lui qu'ils l'ont été. Nous avons à nous affranchir encore non-seulement des débris que l'ancienne législation a laissés dans nos codes , mais encore des habitudes et des préjugés qu'elle a introduits dans nos esprits et dans nos mœurs.