LIVRE III
proportion du nombre de familles qu'ils occupent plutôt que de résulter tout simplement de la situation accidentelle de leur domicile, serait un objet digne d'occuper les plus hautes capacités administratives du pays. Le manque absolu d'association municipale entre les vastes populations manufacturières et ceux qui les emploient, entraîne avec lui de si grands maux, que des lois qui feraient porter sur les maîtres la charge des pauvres fournis par leurs ateliers, ou toutes autres lois qui auraient pour résultat d'agglomérer les ouvriers autour de l'habitation des maîtres, seraient un immense bienfait pour la communauté tout entière. Les faibles entraves que l'accomplissement de ces devoirs moraux imposerait à quelques branches d'industrie ne devraient pas entrer en comparaison des avantages produits par de pareilles mesures; ces inconvénients seraient plus que compensés d'ailleurs par l'économie que produirait à toute la société l'obstacle apporté par là aux progrès d'une population imprévoyante et démoralisée. La misère, le délaissement et la démoralisation qui régnent dans la rubannerie à la main (aux environs de Coventry), sont à mon avis le résultat naturel et nécessaire de ce manque d'association {dissociation) et de la dispersion du peuple des ateliers. Le seul rapport qu'ils aient avec la grande communauté qui les entoure se borne à passer chaque semaine au comptoir du maître pour recevoir la paye . et cela n'est pas, on en conviendra, un moyen bien puissant de civilisation ; ce qui est pire encore, la population laborieuse est isolée de tout le reste de la société. Les seules influences qui arrivent jusqu'à elle sont les influences religieuses , et nous en avons déjà montré la faiblesse. (En France, dans le plus grand nombre des villes d'industrie, on peut en démontrer la nullité.) La grande masse de la population des tisserands et des bonnetiers est également dispersée, également déprimée; et l'absentéisme de tant de maîtres, qui mettent à leur place des agents, lesquels ne sont point les capitalistes réels, doit exercer partout, j'en ai la conviction, une influence notable mais difficile à apprécier sur la population laborieuse; elle contribue à la déprimer de plus en plus, non pas directement, mais en brisant tous les liens moraux qui devraient la rattacher à la société. Le voisinage et une taxe des pauvres donneraient aux maîtres l'avertissement salutaire de limiter le nombre de