‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 61 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ou du moins un grand propriétaire. Les administrateurs du comté sont des propriétaires ; c'est à eux qu'est confié le soin de répartir l'impôt, et de dépenser les taxes locales. C'est ce qui explique comment, en Angleterre , il y a des routes magnifiques et pas d'écoles.

La loi est donc faite et appliquée par une classe à part dans la nation et qui a des intérêts opposés à ceux du grand nombre. Les lois des céréales (corn-laws) suffisent pour nous montrer dans quel intérêt est gouvernée l'Angleterre. Les bouches affamées des pauvres anglais sont pour les propriétaires anglais la plus riche source de revenu. Ils se sont réservé le monopole de les approvisionner au prix qui leur convient. L'ouvrier anglais ne doit pas manger d'autre pain que celui que lui vendent ses nobles seigneurs. Comme le peuple est nombreux et que la terre anglaise produit à peine dans les bonnes années de quoi le nourrir, il y a toujours active demande de blé , et il se vend toujours à bon prix. La crainte de la famine, à chaque instant menaçante, est encore un élément de richesse pour l'aristocratie. On voit subitement, dans la même année, le blé passer des prix moyens aux prix les plus extrêmes. Pour citer un exemple entre mille, le blé, qui valait 56 sh. le quarler, dans la première semaine de janvier 1836, s'était élevé, au mois de mai , sous l'appréhension d'une mauvaise récolte , à 50 sh. 4 d. ; au mois d'août , il descend à 47 sh. , et à l'automne de la même année, il monte à 61 sh. 9 d. Que l'on se figure quelle doit être la condition d'un peuple exposé à payer ses subsistances un prix double dans la même année, et quelquefois d'un mois à un autre (1) ?

En ce moment, tous les districts manufacturiers demandent le rapport des lois des céréales, qui sont la liste civile de l'aristocratie britannique, et le peuple affamé est prêt à seconder par des émeutes les réclamations des chefs d'atelier , qui se passionnent pour la liberté du commerce des céréales, dans l'espoir que le meilleur marché des subsistances permettra de

(1) A Eistory of priées and of ihe state of the circulation, from 1793 lo 1857. Preceded by a brief schetch of the state of the corn trade in the last two centuries, by Th. Tooke. 2 vol. London, 1838.

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