‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 62 sur 314 · CHAPITRE IÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IÏI

faire travailler à plus bas prix, et de triompher ainsi de la concurrence étrangère. La discussion de la chambre des communes , le 26 mai 1840, sur la motion de M. Villiers , le provocateur du rappel des corn-laws 9 démontre avec la dernière évidence que celte question n'est pour ceux qui l'engagent qu'une querelle de monopole. « On prétend , dit M. Villiers, que les manufactures ne demandent le rappel de ces lois que dans l'intention de faire baisser les salaires; mais, je le demande, est-ce là une objection sérieuse? Est-ce que les salaires peuvent descendre plus bas qu'ils sont dans les districts manufacturiers ? Peut-il y avoir une détresse plus grande dans les villes de fabrique que celle qui y règne en ce moment? — «J'admets cela avec vous, s'écrie sir Burrell , défenseur des intérêts aristocratiques , mais prenez-vous l'engagement de maintenir les salaires au taux où ils sont actuellement, lorsque vous aurez obtenu le rappel des corn-laws? Cette détresse que vous déplorez ici , ne la continuerez-vous pas , ne l'augmenterez-vous pas? Vous nous demandez le sacrifice de nos privilèges, mais vous , êtes-vous disposés à abandonner les protections qui vous font vivre?» — Si les débats politiques, les querelles de partis , n'avaient pas le privilège d'occuper exclusivement l'attention publique , cette séance des communes anglaises aurait eu un retentissement immense, et on l'aurait signalée à l'attention du monde comme le prélude des discussions réservées à l'avenir. Sous le voile d'une réforme économique , la question des céréales en Angleterre cache une révolution , une atteinte directe à ce qu'on appelle les droits de la propriété, qui n'en sont heureusement que les abus. Le rappel des corn-laws fera pour l'Angleterre ce que la spoliation légale du clergé et delà noblesse a fait pour la France; et les corn-laws seront rappelées par un vote des communes appuyé probablement sur une agitation formidable , car la justice sociale et la force des choses les condamnent à périr : c'est pour l'industrie anglaise une question de vie ou de mort. M. Easthope, représentant de Leicester, a parfaitement développé la question écoconomique engagée dans les corn-laws. « Il voudrait pouvoir conduire les partisans du maintien des lois des céréales dans la malheureuse ville qu'il a l'honneur de représenter ; il pourrait faire passer devant eux trois et quatre mille habitants de cette

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