LIVRE HT
ville, et demander ensuite s'il est possible d'augmenter leur misère ou d'abaisser leurs salaires , puisqu'ils sont dans cette condition qui excuse le désespoir , puisque leur dénûment ne peut plus augmenter. Ces misérables disaient à ceux qui leur faisaient l'aumône : — Nous vous remercions de votre charité qui nous empêche de mourir de faim , mais nous sommes sans ouvrage, donnez-nous de l'ouvrage; nous ne demandons pas l'aumône, mais le moyen de vivre de notre travail. 5,000 hommes manquaient d'ouvrage a la fois. Et si l'on demandait à ceux qui leur commandaient le travail : — Pourquoi ne donnez-vous pas d'ouvrage ? ils répondaient : — Nous ne recevons pas de commandes d'Amérique. — Et pourquoi cela ? Est-ce que les Américains n'éprouvent plus le besoin qu'ils éprouvaient autrefois pour les objets de nos manufactures ? — Ils les désirent comme autrefois, mais ils ne peuvent pas les payer. — Qu'ils nous envoient du pain à bon marché , s'écrient alors les ouvriers affamés, et nous leur enverrons des objets manufacturés à bas prix ! » La chambre des communes écouta avec le plus imperturbable sang-froid les discours pour et contre les lois des céréales, puis , rejetant la motion de M. Villiers , elle décida que le peuple anglais n'avait pas le droit de se procurer des subsistances par son travail. L'aristocratie consent , sans la moindre difficulté , à faire l'aumône au peuple d'Angleterre , elle lui refuse la liberté de s'assurer du pain par le travail, car elle gagne plus de cent pour cent à l'aumône!
Telle est la condition économique faite par la loi à la nation anglaise.
L'Irlande nous offre un épouvantable exemple de ce que peut la politique pour la misère d'un peuple. Elle réunit toute la somme de maux qu'il est au pouvoir des institutions humaines de produire. Comme en Angleterre , le sol n'appartient pas à celui qui le cultive; mais à la différence de l'opulente métropole , il est exploité par parcelles au lieu de l'être par vastes fermes : c'est qu'ici l'intérêt du propriétaire lui a conseillé la petite culture. Le possesseur anglais, qui ne connaît souvent ni l'étendue ni l'aspect de ses domaines d'Irlande , qui ne lui rend rien des revenus qu'elle lui fournit, puisqu'il n'y réside jamais, le possesseur anglais veut en tirer le plus de revenu possible, sans y mettre ni soin ni argent. Il agit comme un possesseur prôvï-