LIVRE III
ne croient pas que rien puisse nuire à rien , les économistes ont exprimé des opinions à peu près unanimes sur la nature et la répartition des impôts.
Selon les économistes, c'est sur le revenu que doivent être prélevés les impôts , et le devoir d'un bon gouvernement est de les rendre aussi modérés que possible, comme le droit des gouvernés est de refuser d'acquitter les charges qui dépassent les besoins réels, nécessaires, indispensables de l'État : un impôt inutile est un vol fait à la nation, un crime social. De plus , on s'accorde à reconnaître que l'impôt , pour être juste , doit être en rapport avec les facultés de ceux qu'il frappe, parce que l'impôt étant considéré comme le prix de la protection et des avantages sociaux , ceux à qui la société garantit davantage doivent davantage. Dieu, dit l'Écriture, mesure le vent à la laine de l'agneau; le gouvernement qui a la fonction de providence terrestre doit donc mesurer le fardeau à la force de celui à qui il le destine.
Rien de plus simple, de plus juste, que ces principes, et l'économie politique a eu le courage d'en réclamer l'application, au nom de l'intérêt général des peuples. M. Say , c'est là sa gloire, a démontré l'inégalité choquante du système d'impôts que la routine et les habitudes fiscales ont établi en France ; selon lui, les charges publiques pèsent trop lourdement sur le travail , et une foule de revenus comme la rente, par exemple, en sont exemptés aux dépens d'autres revenus plus dignes de respect, parce qu'ils viennent directement du travail. Est-il juste, demande M. Say; que la conscription, qui est un impôt, puisqu'on laisse la faculté d'échanger l'impôt du sang contre une contribution en argent, est-il juste qu'une pareille charge soit égale pour le millionnaire et pour l'artisan? Un millionnaire, pour faire remplacer son fils, n'a pas à débourser une plus forte somme qu'une famille d'artisans (1).
M. de Sismondi a exprimé sur l'impôt tout ce que le bon sens, éclairé par les sentiments les plus généreux, peut trouver de mieux à dire sur la question. Nous allons voir bientôt qu'il y a une grande dislance entre les faits, chez les nations les
(1) Traité complet d'Économie politique pratique. Nouvelle édit. 2 vol., p. 408.