LIVRE III
pour lui la santé, la vie , il pouvait ajouter la dignité morale , soit inviolablement respectée.
Voilà les principes. Que sont les faits? Hélas! j'aimerais mieux avoir à dire ce qu'ils devraient être, car il est pénible d'avouer que l'injustice règne encore dans la pratique, lorsque depuis longtemps les progrès de l'intelligence l'ont flétrie et condamnée dans la théorie.
Nous sommes les enfants d'une société qui exemptait les riches de l'impôt , qui ne demandait rien à ceux qui avaient beaucoup, et tout à ceux qui avaient peu; et malheureusement nous ressemblons encore à notre mère. La difficulté des changements, l'habitude, les besoins du gouvernement qui se renouvellent à chaque instant, et ne laissent pas le loisir d'essayer une réforme, ces causes plutôt que le mauvais vouloir ont maintenu en France un système d'impôts en désaccord avec les principes sur lesquels repose la société française; l'équité de l'impôt est écrite dans la loi organique de notre pays, et cependant elle n'est encore qu'un besoin, elle n'est pas un fait ^ et l'impôt, en France , conserve en trop grande partie le caractère odieux d'une capitation ; au lieu d'agir comme une providence équitable et intelligente, l'impôt n'est encore chez nous qu'une force aveugle qui frappe sans aucun discernement , qui prend mais ne choisit pas.
Voyons en quoi le système des taxes et la nature des dépenses publiques peuvent influer sur la condition des classes inférieures.
On sait qu'en Angleterre les impôts consistent presque exclusivement en taxes sur la consommation des objets de première nécessité. On sait qu'un grand nombre d'économistes vanleni cette sorte d'impôt , parce qu'il respecte le capital et qu'il semble permettre à l'homme de ne contribuer aux charges publiques que selon la mesure de ses besoins. De plus, l'impôt de consommation a l'avantage d'être prélevé par portions infiniment petites, à chaque instant de la vie, de se confondre avec le prix naturel des choses, et de ruiner ainsi un peuple, de l'amener à la misère irlandaise , sans qu'il s'en aperçoive.
Nous avons vu que les lois des céréales , en Angleterre , forçaient le peuple de payer un impôt énorme aux propriétaires de terres, qui bénéficiaient de l'accroissement de la population et de la concurrence qu'elle était obligée de se faire pour des