‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 71 sur 314 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

subsistances insuffisantes et mal assurées ; le pain et la viande de l'ouvrier anglais payent au propriétaire un impôt égal à la différence du prix des subsistances en Angleterre et sur le continent. Cette taxe indirecte est si énorme que la classe inférieure de la population ne peut plus atteindre au prix du pain, H qu'elle se nourrit de pommes de terre comme les Irlandais.

Les autres objets indispensables à la vie , ceux qui font la base même de l'existence des travailleurs en ce pays, comme les boissons, le thé, le sucre , le sel, le tabac , constituent, avec les douanes , presque tout le revenu de la Grande-Bretagne. Toutes ces taxes agissent à peu près à la manière d'une eapitation , et mettent sur le compte de la population qui vit du travail presque tout le poids des charges nationales. Si l'on proposait à des économistes de trouver le moyen le plus ingénieux et le plus sûr d'exploiter le travail d'un peuple de façon à le dépouiller insensiblement de presque tout ce qu'il produit, il serait impossible, je crois, d'imaginer mieux que le système des taxes anglaises. Elles savent tirer de bons revenus des Individus mêmes auxquels la misère retire les plus indispensables nécessités de la vie; jusqu'à son dernier soupir, le pauvre partage avec le fisc le peu que ie travail le moins rétribué et la charité publique lui procurent. Voici comment : la misère abrutit , elle inspire au misérable la fureur de l'ivrognerie , dernière et convulsive jouissance d'une vie désespérée qui ne sent plus ; et l'ivrognerie est une des sources les plus abondantes de l'Echiquier britannique. Le bouge le plus infâme, si on y débite de la bière et des liqueurs spirilueuses , rapporte plus au fisc que le lord propriétaire d'un vaste domaine ou un riche marchand de la Cité.

Ce sont les consommateurs de bière , de sel et de tabac , qui ont payé les frais des dépenses colossales des guerres de l'empire. Pour subvenir à ces besoins infinis, pour apaiser la soif de l'Europe dont la haine contre la France se serait peut-être éteinte faute d'or anglais , l'Angleterre a emprunté à ses capilalistes tout ce que ceux-ci, attirés par les bons intérêts qu'on leur promettait, ont voulu prêter; et ils ont beaucoup prêté, parce qu'ils savaient que leurs revenus étaient hypothéqués sur lé travail de toute la population laborieuse de l'Angleterre et des pays soumis à son empire. Mais, si l'Angleterre a emprunté

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