LIVRE liï
aux riches , eïle a pris aux pauvres , et c'est avec le produit de ce larcin qu'elle a rempli les promesses séduisantes faites aux capitalistes. Ainsi, pour répondre à la détresse nationale, les riches ont prêté, et les pauvres ont donné sans rien recevoir en échange (1).
C'est ce que prouve clairement l'examen des taxes imposées pour subvenir aux frais de la guerre ; toutes les augmentations portent presque exclusivement sur les objets de première nécessité pour le grand nombre des travailleurs de ce pays. La taxe sur la drêche s'éleva de 10 sh. 6 d. en 1800, à 34 sh. en 1810; la bière forte, de 9 sh. 5 d. à 17 sh. 10 d.; le thé, de 20 pour 100 à 96 pour 100; l'impôt du tabac fut doublé dans la même période; le sel fut porté de 14 sh. à 19 sh. 9 d. « Ainsi , dit M. Carey, tout le fardeau de la guerre fut rejeté sur les classes laborieuses. »
Une prospérité apparente , une sorte de fièvre, dissimulèrent pour un temps les rivages faits dans la population par ce système d'impôts et l'exagération des taxes. Les capitalistes , recevant de gros revenus de l'argent qu'ils avaient prêté à l'État , commandèrent une énorme quantité de travail, qui permit au peuple d'acquitter les charges dont on l'accablait; mais tout ce qu'il gagna à celte prospérité factice , ce fut de vivre , et la paix le surprit épuisé d'efforts et ruiné; la taxe des pauvres était doublée , et le peuple anglais payait au prix d'une misère inouïe les triomphes de son aristocratie!
Les faillites , qui comprenaient, en 1802, 1,090 marchands et 8 banquiers, frappaient, en 1810, 2,514 marchands et 26 banquiers; en 1816, 2731 marchands et 37 banquiers; ce qui n'a pas empêché certains économistes d'attribuer à l'élévation des taxes et des emprunts une heureuse influence sur le développement des richesses; parce que les capitalistes étaient devenus plus riches , ou du moins mieux restés , on ne voulut pas apercevoir que le peuple était devenu plus pauvre ; le paupérisme actuel de la Grande-Bretagne est né à la suite de la guerre (2).
(1) Principles of polilical Econoîïiy, tart the second, by H. C. Carey- Philadelphia, p. 353.
(2) lbhl., p. 353-335.