‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 75 sur 314 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

principalement, comme en Angleterre, les denrées que le peuple consomme en plus grande abondance , et qui se répartissent sans distinction de fortune, à peu près également sur tous les individus. L'impôt sur les boissons , qui revêt jusqu'à trois formes différentes, est de toutes les inventions de la fiscalité la plus vexatoire et la plus dure pour les classes pauvres. Outre ces impôts appelés indirects, bien qu'ils frappent très-directement les classes laborieuses , chaque ville de France possède une taxe de consommation qui pèse exclusivement sur les denrées de première nécessité , sur les boissons , la viande et le combustible. L'octroi est une véritable capitation , qui prélève annuellement 29 francs 23 cent, par tête d'habitant à Paris, ou 131 fr. 55 cent, par famille, en comptant quatre personnes et demie par famille ; à Lyon , 15 fr. 1 c. par tête , ou 67 fr. 54 c. par famille (1). Cette capitation pèse également sur le pauvre comme sur le riche , et il serait facile de prouver, par la nature des denrées frappées de droits d'octroi ,que l'avantage est du côté du riche. Ainsi, tandis que sur l'homme aisé elle prélève à peine le vingtième ou le trentième du revenu, elle demande au pauvre le sixième au moins du produit de ses salaires. Nous avons entendu des économistes défendre cette iniquité. Les deniers de l'octroi, disaient-ils , étaient surtout dépensés pour les pauvres, et les municipalités y trouvaient la subvention des hôpitaux ; parconséquent, il était justeque l'octroi fût prélevé de préférence sur les objets de première nécessité. D'après cette opinion, l'octroi ne serait plus qu'une sorte d'assurance mutuelle en faveur des classes pauvres. De pareilles idées , comme celles qui attribuent toute la misère à l'imprévoyance et aux vices du pauvre , s'exposent volontiers comme un exemple des ridicules erreurs auxquelles peut conduire un optimisme intéressé, mais elles ne se réfutent pas. La moyenne des secours accordés annuellement par les bureaux de bienfaisance est de 10 fr. environ par personne. Ainsi, à Paris, par exemple, la charité donnerait à une famille pauvre 45 fr. et quelques journées d'hôpital pour une contribution de 151 fr. 53 cent.; la charité serait alors la plus lucrative de toutes les industries !

(1) Voyez Statistique générale de la France. — Budgets communaux et départementaux .

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