‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 8 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nient moral, aucune surveillance, ne s'opposent à la corruption des mœurs chez les classes pauvres, obligées d'aller demander le pain de chaque jour aux manufacturiers : le vice seul a la parole dans les ateliers, et la décence en est proscrite dans le langage et dans les actes, comme un ridicule. Dans cette atmosphère impure, l'enfance affecte fièrement des vices qu'elle ne devrait pas comprendre, et l'innocence est perdue longtemps avant que les sens aient parlé. Familiarisée dès son enfance avec l'image et la pratique de la débauche , la jeune fille envisage la prostitution sans dégoût et sans effroi , comme une ressource contre la misère. « On connaît très-bien l'adresse de plusieurs maisons de débauche de la capitale , dans les ateliers de quelques villes , écrit M. Villermé; et si l'on m'a dit vrai, de jeunes filles ne craindraient pas, dans leurs discours, de faire allusion au temps où elles iront les habiter (1). »

Certaines industries semblent organisées tout exprès pour faire de la prostitution une nécessité. Ce sont celles qui sont su jettes à des chômages périodiques un peu prolongés ,et plus particulièrement, selon l'auteur que nous venons de citer, les manufactures d'apprêt des toiles de colon, qui occupent, aux époques des commandes , de jeunes femmes qu'on renvoie aux époques périodiques de repos (2). Quand la manufacture refuse le travail qui donne le pain , on s'adresse à la prostitution pour l'obtenir!

Le lien sacré des familles, s'il est jamais formé, est bientôt rompu par la dissolution et l'indiscipline des enfants, et par la négligence des parents. Les sentiments de la paternité et de l'amour filial ne résistent pas aux rudes épreuves de la misère. Les parents essayent de se débarrasser au plus vite du fardeau coûteux que leur impose la famille; et les enfants , aussitôt qu'il sont en état de travailler, deviennent étrangers à leurs parents qui n'ont rien à attendre de leur reconnaissance. Lorsque la municipalité de Rouen fit une enquête, en 1832, sur la condition des ouvriers de cette ville, elle fut épouvantée de la corruption qu'elle remarqua dans les familles des ouvriers les

(1) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, par M. Villermé. t. n , p. 63.

(2) Ibid.

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