‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 90 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

travailleurs à la condition la plus fâcheuse à laquelle ils puissent descendre, à celle d'une foule affamée qui se dispute au rabais les salaires que distribuent les fermiers. Tout lien économique et moral est rompu entre les propriétaires , les fermiers et la population; ce sont trois intérêts séparés , hostiles, exclusifs , qui poursuivent intrépidement leurs propres avantages les uns aux dépens des autres. L'intérêt du propriétaire est de recevoir le fermage le plus élevé; celui du fermier, de produire davantage à moins de frais possible , par conséquent d'employer peu de bras à la culture, d'économiser sur le nombre des journées, et de renvoyer, dès qu'il peut s'en passer, le su rcroît des journaliers qu'exigent les époques de grande occupation. Dans un pareil système, qui s'inquiète de ce que peut devenir la population ? Personne , pas même la population que l'incertitude du travail , l'habitude de la détresse , ont plongée dans l'insouciance la plus apathique. Les familles vivant au jour le jour croissent avec une effrayante rapidité , et le nombre des misérables augmente à mesure que la misère réduit leurs besoins : telle est la condition de l'agriculture en Angleterre; peu de propriétaires, une classe de fermiers , véritables entrepreneurs industriels , qui font partie de l'aristocratie du pays , et au-dessous une multitude sans nom qui se débat dans les angoisses d'une détresse permanente , voilà les conséquences nécessaires de la séparation du capital et du travail en Angleterre.

La campagne de Rome nous offre un bien remarquable exemple des conséquences extrêmes que peut produire l'exploitation des grandes fermes. Les fermiers sont moins des cultivateurs que des spéculateurs , des négociants en terre mercanti di tenute. Ils ont adopté la manière la plus favorable pour eux de faire valoir les terres; elle consiste à se passer du travail de l'homme, à ne rien dépenser pour la culture : on se contente des produits naturels du sol, des pâturages, et devant ces prairies envahissantes disparaît peu à peu toute la population privée à la fois de travail et de subsistances. « Ce territoire de Rome, dit M. de Sismondi , si prodigieusement fertile , où cinq arpents nourrissaient une famille et formaient un soldat, où la vigne, l'olivier , le figuier, s'entremêlaient aux champs et permettaient de renouveler trois et quatre fois les récoltes par

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