‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 91 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

année, à peu près comme dans l'État de Lucques qui n'est pas plus favorisé par la nature , ce territoire a vu disparaître peu à peu les maisons isolées , les villages, la population tout entière, la clôture, les vignes , les oliviers et tous les produits qui demandaient l'attention continuelle , le labeur et surtout l'affection de l'homme. De vastes champs sont venus ensuite, et les mercanti di tenute ont trouvé plus économique d'en faii e faire les semailles et les moissons par des bandes d'ouvriers qui descendent chaque année des montagnes de la Sabine; ceux-ci, accoutumés à vivre d'un morceau de pain , dorment en plein air sous la rosée , périssent par centaines de la fièvre maremmane dans chaque campagne faute de soins, et se contentent cependant pour courir ces dangers du plus misérable salaire. Une population indigène dans la campagne de Rome serait inutile aux fermiers, et elle a complètement disparu. Quelques villes demeurent encore debout au milieu des vastes champs qui appartiennent à un seul maître; mais Népi et Ronciglione voient rapidement périr des habitants qu'on a rendus étrangers au sol par lequel ils devaient vivre , et l'on peut calculer d'avance l'époque attendue où la charrue devra passer sur le terrain qu'occupent leurs palais, comme elle passe déjà sur les ruines de San Lorenzo, de Vico, de Bracciano, et de Rome ellemême. D'autre part , les champs à leur tour font place aux pâturages, et dans ceux-ci les ronces et les genêts empiètent chaque jour sur la place des graminées; au centre de la civilisation , on voit renaître les steppes de la Tartarie (1). »

Sur un autre point , en Irlande , la mauvaise gestion de la propriété produit des effets contraires , mais encore plus désastreux. Le propriétaire est étranger non-seulement au cultivateur, mais à la terre elle-même. Tous les produits de la malheureuse Irlande sont consommés hors du pays, et aucun capital ne peut se fixer sur le sol. Il n'y a point de fermiers en état de faire valoir les vastes domaines de l'aristocrate étrangère; les gens d'affaires, les usuriers qui avancent au propriétaire absent le fermage de ses domaines d'Irlande, louent les terres à court bail aux pauvres Irlandais, qui sont réduits à offrir tout ce qu'on leur demande , en échange du droit de

(1) Nouveaux Principes d' Économie politique , t. t, p. 234-235.

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