CHAPITRE Y
Les ouvriers dos manufactures ne peuvent jamais acquérir ia propriété des instruments du travail : l'armée industrielle n'offre pas d'avancement. A moins de quitter ses rangs et de s'aventurer dans une autre carrière, le travailleur n'a pas l'espoir de s'élever au-dessus de la position de simple salarié. La fortune est ouverte au plus petit négoce ; elle est à peu près interdite au travail salarié.
Aussi voyons-nous beaucoup d'ouvriers, quand ils sont parvenus à économiser quelques centaines de francs, se hâter de quitter les rangs du travail productif pour courir la chance du petit trafic. Compterait-on dans nos villes autant de petits intermédiaires parasites, si le travail présentait plus de chances de gain ? N'est-il pas désolant de se voir, au début de sa carrière , interdire tout espoir d'avancement? Je le demande, quel avenir attend les ouvriers de nos manufactures, quels encouragements stimulent leurémulalion et consolent leurs fatigues? La caisse d'épargne offre-t-elie une prime suffisante à l'économie, un motif assez vif d'ambition et d'efforts ? Nous ne pensons pas que cette institution , qui fait honneur à la sollicitude des gouvernements pour les classes pauvres , réponde aux besoins du travail, à ceux plus généraux de la société, et nous développerons là-dessus notre opinion plus loin. La capital placé aux caisses d'épargne est presque un capital mort, et la rente fixe et peu élevée qu'on lui donne n'est pas un stimulant assez énergique pour encourager la bonne conduite et le travail. Il faut pour dompter l'inertie naturelle à l'homme , pour comprimer les mauvais penchants, des motifs plus forts. Il faudrait en un mot que la réunion des deux éléments de la production qui s'opère dans le régime agricole , fût possible en industrie. Il faudrait que l'ouvrier pût acheter, avec une portion du capital, quelques chances de bénéfice qui constitueraient pour lui un intérêt direct à la production. C'est de là, nous n'en douions pas , c'est de l'association des petits capitaux pour concourir à la production et participer ainsi doublement à ses bénéfices , que dépend le salut de l'avenir. Ce moyen , quand il sera applicable, assurera à l'industrie les avantages et les espérances que donne l'agriculture à ceux qui l'exercent; celte réforme économique profiterait également aux entrepreneurs de travail; n'y gagneraient-ils que la sécurité, la réforme les récompense-