‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 106 sur 224 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La maniùre dont se répartissent les dépenses des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance prouve l'évidence du fait général que nous avançons. La dépense totale des hospices et hôpitaux de la France s'est élevée, en 1835, à 48,842,097 f. ; celle des bureaux de bienfaisance à 9,149,112 f. Les 184 hôpitaux des 72 villes les plus peuplées ont prélevé sur le budget total la somme de 55,575,781 f. 54 c. ; c'est-à-dire , qu'une population qui n'est que le douzième de la population totale du pays, a consommé plus des deux tiers de la subvention des 1,529 hospices et hôpitaux de la France. Cela ne ressemble-t-il pas aux proportions effrayantes du paupérisme anglais ? La journée d'hôpital étant, en moyenne, de 1 fr. environ, il se trouve donc que sur 49 millions de journées d'hôpital, 72 villes seulement , qui comptent moins de 5 millions d'habitants , en ont prélevé, à elles seules, près de 54 millions! Que l'on double, si l'on veut, la population de ces villes, et qu'on porte au sixième des habitants de la France la clientèle de leurs hôpitaux , ne serat-il pas toujours delà dernière évidence , que , dans ce sixième de la population, il y a plus de misère que dans tout le reste de la nalion ? Or, c'est le fait que nos recherches avaient pour but d'établir.

La pauvreté sentie, celle qui a la conscience d'elle-même, la détresse qui réclame impérieusement l'assistance de la charité publique, est donc à peu près le privilège des cités.

Il nous est impossible de préciser jusqu'où s'étendent les privations des paysans pauvres; car nous ne devons pas juger de leur condition par l'effet que produit sur nous l'apparence de leur dénûmenl; nous sommes à peu près étrangers au milieu économique dans lequel ils vivent. Ce qui nous apparaît comme les signes les plus affreux de la misère : une habitation d'un aspect misérable, vide des instruments qui rendent la vie commode et agréable, une alimentation et des vêtements grossiers , tout cela n'est , pour eux , que de la pauvreté , et la pauvreté n'est pas de la souffrance. Les travailleurs agricoles les plus indigents, comme les vignerons du Midi, ne sont pas exposés à un malaise physique aussi pénible que les ouvriers qui composent l'armée militante de l'industrie; les souffrances morales leur sont inconnues, triste privilège , il est vrai, s'ils doivent à l'ignorance du mieux l'exemption de souffrir; mais enfin

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