CHAPITRE VIII
lois de formation plus actives , a des influences différentes de celles qui régissent l'économie du reste de la France.
L'étranger qui visite cette brillante capitale emporte avec lui Pidée de son opulence. Tous les tableaux qui frappent ses regards attestent la prospérité dé la grande ville. La foule toujours pressée qui remplit de mouvement et de bruit les rues, les promenades, les lieux fréquentés, porte généralement les signes de l'aisance et du luxe. Où est donc la misère parisienne, où habite donc la pauvreté puisqu'on ne voit nulle part son image ? A peine si, vers le soir , dans l'angle des rues , sous les portes cochères, on aperçoit quelques mains honteuses qui sollicitent furtivement l'aumône des passants.
A Paris , la pauvreté travaille dans les ateliers , la misère souffre dans les hôpitaux et les dépôts de mendicité; elle n'offense point de son aspect l'élégante civilisation de la capitale.
Mais , si Ton pénètre dans les vieux quartiers de Paris , aujourd'hui relégués loin du centre, dans la Cité, dans les rues étroites et populeuses des 8me, 9me et 12me arrondissements , alors on rencontrera à chaque pas l'image de la pauvreté et même de la misère. L'indigence des grandes villes est bien plus fâcheuse d'aspect que la pauvreté des campagnes : elle inspire le dégoût et l'horreur , car elle choque à la fois tous les sens. Les rues el les maisons qu'elle habite se reconnaissent à leur malpropreté. Malgré toute la sollicitude de l'édilité, il lui est impossible de faire , pour les rues étroites et privées de soleil des quartiers pauvres, ce qu'elle fait pour les rues larges et aérées des beaux quartiers (1). Quelle place reste-t-il à des trottoirs dans des rues où le ruisseau occupe la moitié de l'espace comme dans celles qui avoisinent la place Maubert? Les maisons dans lesquelles la population pauvre est entassée s'annoncent, dès le seuil, par les fétides vapeurs d'hydrogène sulfuré qui se dégagent des profondes ailées, des escaliers étroits, dont les spirales sans fin montent péniblement au milieu d'humides ténèbres. Sans pénétrer davantage dans le régime économique de cette population, l'aspect seul des lieux qu'elle habite suffit pour expliquer la différence que les docteurs Villot et Vilîermé
(1) Nous donnerons dans la seconde partie la topographie et la description détaillée de la misère.