‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 113 sur 224 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Nous appliquons ù ce tableau les observations que nous avons faites ci-dessus , et nous pensons que toute la misère parisienne qui mérite ce nom est loin d'y être contenue, parce qu'on a pris un degré d'évaluation trop bas.

Le fait le plus remarquable et le plus triste en même temps qui ressorte de ce tableau , c'est le nombre disproportionné des femmes indigentes comparé à celui des hommes. Il est presque généralement une fois plus élevé. Dans noire société, la femme a beaucoup plus de peine à vivre que l'homme , bien qu'elle ait moins de besoins , et des habitudes généralement plus sobres. Nous ne voulons point faire de déclamation sentimentale , mais un tel résultat n'est-il pas déplorable? La condition de la femme pauvre, delà femme ouvrière, est affreuse. Son travail, moins assuré que celui de l'homme, est aussi beaucoup moins rétribué. Elle n'est pas moins habile, elle est plus faible. Seule, il lui est presque impossible de subvenir à ses besoins; il faut que l'homme s'associe à elle, et lui accorde sur ses salaires un supplément indispensable. Quand elle est jeune, elle ne manque guère d'appui ; si un mariage légitime ne l'unit pas à un époux, le vice se charge toujours de lui payer une subvention d'autant plus large qu'elle est plus honteuse. Plus tard, quand sa jeunesse est passée, elle reste seule à porter sa misère, et le poids est trop lourd pour ses forces. Le 12me arrondissement , porté nu tableau pour un total de 11,357 indigents, compte sur ce nombre 4,643 femmes adultes ! Le tableau lui-même prouve que ce fait a sa cause dans la condition économique de la femme; car la disproportion entre les indigents des deux sexes est beaucoup plus faible parmi les enfants que parmi les adultes. Les petites filles indigentes sont aux garçons comme 20 est à 19, tandis que les femmes adultes indigentes sont aux hommes comme 46 est à 27 (1) !

Nous allons essayer de donner une idée du mouvement qui s'opère dans celte population. Nous ne remonterons pas au delà du recensement de 1817, époque où les secours à domicile

(1) 11 en est de même partout. — Voyez Rapport de M. Fillermè sur l'état physique et moral des ouvriers en soie, en laine et coton. Mémoire de l'Acad. des sciences morales et politiques. — Nouvelle

série, 2e vol., page 238.

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