LIVRE L
que s fière de sa liberté, on trouve des abus effrayants qu'on ne rencontre peut-être pas dans les pays despotiques où il n'y a qu'un maître pour tous. La distinction entre les bourgeois et les habitants privés de ce noble titre a donné naissance à l'oppression des classes pauvres. La misère , n'est, pour la bourgeoisie, qu'un embarras et un fardeau. Dans certaines localités, on met les enfants trouvés et les pauvres adultes à l'enchère, et on les adjuge au rabais à la personne qui se charge de les nourrir à meilleur marché. L'adjudicataire devient le maître presque absolu des malheureux qu'il a ainsi achetés, et dont il se propose de tirer, dans son intérêt , le plus de parti possible. Les communes qui veulent se débarrasser d'enfants à leur charge, les parent, le jour de l'enchère, comme pour mieux assurer le débit de leur marchandise. On les adjuge à des inconnus, qui s'en chargent quelquefois dans l'intention de les faire mendier (1). Souvent l'adjudicataire loue , pour le service d'autrui , les pauvres qui lui ont été adjugés (2).
La loi restrictive qui soumet le mariage des pauvres à l'autorisation de la commune existe aussi en Suisse et notamment à Berne. « Aucun pauvre secouru ne pourra se marier sans le consentement de la commune, et à moins qu'il n'ait remboursé les sommes qu'il a reçues , » dit la réponse officielle du gouvernement de Berne au délégué anglais.
Le fait d'avoir reçu des secours de la charité publique prive un citoyen pour toujours du droit de voter aux assemblées de la commune (5), à moins qu'il n'ait remboursé tout ce qu'il a reçu. Le document auquel nous empruntons ces faits reconnaît que le paupérisme fait de rapides progrès dans l'État de Berne et qu'il y est devenu un véritable fléau social. C'est, d'après le rapport de la commission anglaise, dans le canton de Berne que le paupérisme pèse le plus lourdement sur toutes les classes de la société.
Le canton de Zurich s'est donné une nouvelle loi des pauvres
(1) Voy. Report from his Majesty's commissionners, extracts, p. 166.
Société suisse d' utilité publique , 1830. p. 128.
(2) Légitime TJnfûgsamkeit von Wattenwyl, p. 41.
(3) Préface to foreign communications, p. 37