LIVRE I
l'homme ! Autrefois la religion se chargeait de satisfaire ces nobles besoins de la nature humaine, et elle consolait par ses fêtes les rudes fatigues du travail. Le jour du repos était consacré, sinon à de hautes pensées, du moins à de doux et nobles sentiments. L'Église conviait à ses solennités, sous ses voûtes presque célestes, dans les plus beaux monuments que les mains de l'homme aient élevés , toute la population chrétienne , c'està-dire tous les hommes sans distinction, car, là , devant Dieu , ils étaient tous frères. Elle partageait également entre tous la prière et l'encens, la sainte nourriture des âmes, les plus hautes jouissances que puissent donner les arts. L'Église catholique était à la fois le temple, le musée et l'opéra du peuple , si nous osons employer ici un mot si profane. Aujourd'hui la religion a perdu la direction morale du peuple 5 l'homme qui en était le ministre s'est fait l'instrument des pouvoir s oppresseurs , le défenseur des intérêts de quelques-uns contre le légitime intérêt de lous, et il a partagé la chute de ceux qu'il avait appuyés. Le peuple ayant perdu confiance, s'éloigna avec regret de l'Église catholique et de ses fêtes , et il resta depuis ce jour sans temple, sans autels , et aussi sans consolation poétique , sans jouissance par les arts. Nous comprenons malheureusement trop bien la chule du catholicisme, tel que l'avaient fait ses prêtres; mais qui ne regretterait avec nous que rien n'ait remplacé pour le peuple ce qu'il a perdu ?
11 y a une pensée profonde dans ce mot vulgaire : Il faut une religion pour le peuple. La religion est l'explication de la destinée humaine, la poésie de l'existènce terrestre, la consolante promesse d'un avenir meilleur. Or, qui a plus d'intérêt que les pauvres à espérer et à croire ?
L'âme a besoin d'émotions , comme le corps a besoin d'aliments; l'homme le plus grossier possède un principe d'activité intérieure qui le tourmente s'il n'est pas satisfait. On n'apaisait le Cerbère antique qu'en lui jetant des gâteaux de miel; on ne calme l'âme humaine que par la religion et les arts. Sans la pensée de Dieu, l'homme ne serait plus qu'un esclave révolté qui ferait de ses chaînes une arme terrible contre lui-même et contre les autres.
Or, sous le rapport de la religion et delà morale, quelle est aujourd'hui la condition des classes pauvres , surtout des