‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 153 sur 224 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

» gnance (1). » Voilà donc l'Angleterre aussi qui réclame contre les bienfaits trop prolongés du laisser-faire absolu !

Puisque nous sommes amené à parler des abus de la propriété en matière de locations, sur lesquels nous devrons revenir encore, nous emprunterons à un écrivain très-éloquent qui mériterait d'êire connu en France , quelques lignes qui expriment parfaitement ce que nous aurions à dire sur ce sujet : « La loi défend chez nous de vendre au marché des aliments putréfiés , et pourquoi ne défendrait-elle pas de mettre à loyer des chambres dans lesquelles des vapeurs putrides, humides , pestilentielles, sont des causes de destruction aussi sûres qu'une nourriture empestée ? Si le peuple comprenait qu'il est empoisonné dans ces réduits aussi réellement que par des viandes corrompues, ne nommerait-il pas des commissaires pour l'inspection des maisons comme pour celle des marchés (2)? »

Ces tristes quartiers où nous avons promené le lecteur ne sont pas, comme on pourrait le croire, des exceptions peu importantes, et comme l'ombre obligée du tableau de l'opulence britannique. Des districts entiers, des surfaces de plusieurs railles d'étendue , sont dans un état a peu près semblable aux parties de la ville dont nous venons de donner la description. Dans les districts de Londres occupés par les pauvres, ce n'est pas l'horreur qui est une exception , c'est la propreté et la décence. Il y a , il est vrai , dans ces affreux quartiers, un trèsgrand nombre d'Irlandais , et c'est autour d'eux que se montre la misère avec son plus hideux cortège; mais ce serait une grande erreur que de penser qu'ils en sont les seules victimes : un très-grand nombre de familles anglaises sont aujourd'hui réduites à la condition des Irlandais; c'est en vain qu'elles font tous leurs efforts pour se distinguer encore de la population maudite , par la décence de leurs habitations et de leurs vêle-

(1) Rapport du d* Southwood-Smith, p. 155.

(2) Voyez Lectures on the élévation of'the labouring portion of'ihe community, by Channing. p. 70. Livre très-curieux, aussi remarqua ble par la forme que par la pensée, et qui fait le plus grand honneur à l'auteur qui est le Lamennais des Etats-Unis : autant de talent et d'éloquence et plus de connaissances de la société et de ses véritable* besoins.

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