CHAPITRE I
mentsj une force terrible et implacable les entraîne malgré elles à l'état où l'Irlande est arrivée; la seule différence que nous avons constatée entre les pauvres indigènes et les indigents d'Irlande , c'est que les pauvres d'Angleterre peuvent descendre encore plus bas, tandis que les Irlandais sont arrivés depuis longtemps au dernier degré de la vie sociale, là où tout mouvement est impossible.
L'Irlande reporte aujourd'hui en Angleterre la misère et l'abrutissement que l'injustice et les violences de la conquête lui ont infligés ; voici qu'à son tour elle menace de conquérir sa rivale par l'envahissement et par la contagion de sa misère! Déjà il n'est plus permis à l'orgueil anglais de s'excuser des horreurs qui désolent ses opulentes cités, en disant : « Que voulezvous, ce sont des Irlandais!» Cette cruelle et insultante parole , si souvent répétée, est devenue un mensonge, car la lèpre irlandaise est profondément inoculée à l'Angleterre, et si elle continue les progrès qu'elle a faits depuis quelques années , il n'y aura bientôt plus de différence entre la population des deux îles , je veux dire enlre les pauvres des deux pays.
Mais nous n'en sommes pas encore à étudier les populations qui vivent dans les parties des grandes cités que nous visitons en ce moment; avant de nous occuper des misérables eux-mêmes , complétons la description des lieux qu'ils habitent : le meilleur moyen , selon nous , de donner une idée vraie de la misère, c'est d'en voir et d'en toucher les signes matériels. Quelques promenades dans les rues de Londres et des autres grandes villes d'Angleterre en apprennent plus sur la condition sociale de cette nation que les plus savantes statistiques.
SECTION PREMIÈRE
Habitations de la population pauvre à Manchester, Liverpool, Leeds, Glascow et Edimbourg.
Jusqu'à l'époque du choléra , personne n'avait songé en Angleterre à s'enquérir de l'état sanitaire des habitations des