‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 155 sur 224 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

classes pauvres. Comme nous l'avons dit déjà , elles étaient complètement mises hors la loi, ainsi que le prouve une multitude d'abus qui durent encore, malgré les investigations fréquentes auxquelles ils ont été soumis depuis. En parcourant les rues habitées par les pauvres en Angleterre , nous avions peine à croire que nous étions dans un pays qui passe pour être le plus civilisé du monde. Comme ces quartiers privilégiés du moyen âge qui se fermaient suivant le bon plaisir des habitants , et interdisaient la circulation extérieure dans leurs rues barricadées, nous avons vu sur tous les points de l'Angleterre, les rues occupées par les pauvres complètement abandonnées à la discrétion de la misère. A Londres , à Manchester, à Liverpool , partout, nous avons trouvé des rues entièrement barrées du haut en bas par du linge et des couvertures étendus pour sécher, et qui dégouttaient sur les passants. Nous avons été souvent obligé de soulever des haillons humides à chaque pas pour nous frayer une route dans ces rues interdites à toute circulation et réservées scrupuleusement à la seule misère. Les cochons se promènent librement, comme à Naples et en Orient, dans ces rues bien dignes de pareils habitants.

A l'époque du choléra , la crainte de l'épidémie fit songer les habitants aisés des grandes villes à purifier les foyers d'infection qu'elles contenaient, et des commissions sanitaires parcoururent les quartiers jusqu'alors abandonnés qui servaient de refuge au vice et à la misère. La publication des rapports de plusieurs de ces commissions émut vivement le sentiment public, et depuis ce commencement d'enquête, on n'a pas cessé de se préoccuper sérieusement en Angleterre de la condition physique des classes pauvres. Le gouvernement des whigs, intéressé à la réforme des abus paroissiaux, seconda ces dispositions philanthropiques, et sur tous les points de l'Angleterre , on s'occupa à constater par des enquêtes, soit publiques , soit privées , la condition des classes laborieuses. Le travail de ce genre le plus remarquable est celui du docteur Philips Kay sur l'état des classes pauvres à Manchester (1) , et^nous sommes

(1) The moral and physical condition oflhe working classes cmployedin the cotton manufactures in Manchester, by James Philips Kay. — Nous ne citerons pas le nom du docteur Kay sans reconnaître

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