LIVRE II
appliqués comme aux rues respectables qu'habitent les rentiers et les marchands. Sans doute il reste beaucoup à faire dans notre pays pour assainir les étables d'Àugias où sont entassées les immondices de plusieurs siècles ; mais au moins nous avons la satisfaction de reconnaître que la société française a mis la main à l'œuvre et que la besogne est en bon train.
Malheureusement, sur certains points, principalement dans les villes d'industrie, des causes dont l'énergie semble invincible contrarient l'œuvre de réforme que poursuivent tous les vœux ; ces causes , que nous étudierons bientôt , vont plus vile a gâter les villes, à y entasser des habitations misérables , que l'administration ia plus active à les aérer et les assainir. Malgré les règlements de police, malgré les précautions prises par les autorités locales, chaque ville d'industrie crée dans son sein une petite Irlande!
Nous n'avons pas sur l'état sanitaire des villes frauçaises des documents comparables à ceux que nous ont fournis les nouvelles enquêtes en Angleterre , et la statistique qui prétend tout compter n'a pas compté, que nous sachions, les rues et maisons de nos villes qui sont indignes de loger des hommes.
Le curieux travail de M. Villermé sur l'état physique et moral des ouvriers (1) nous dispensera de plus amples recherches, car il contient à peu de chose près tous les faits que nous voulons mettre en lumière. L'auteur a parcouru toutes nos villes de grande industrie, et s'il ne nous a pas donné des détails aussi précis que les enquêtes précédemment citées, il nous en a dit assez pour que nous puissions nous faire une juste idée des lieux habités par les classes pauvres.
Mulhouse, ville neuve et de prospérité récente , qui est en petit chez nous ce qu'est Manchester au delà de la Manche , nous présente, sous le rapport des habitations et des loyers, les faits les plus dignes d'attention. Comme à Manchester, l'industrie a subitement appelé à elle des populations nombreuses auxquelles elle a eu à peine le temps d'élever des abris. M. Villermé nous rapporte que dans cette ville florissante les maisons habitées par les ouvriers de l'industrie cotonnière présentent gé-
(1) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers . 2 vol., par le docteur Villermo, membre de l'Institut. Paris, 1840.