LIVRE II
de faire par conséquent chaque jour deux ou trois lieues pour se rendre au travail , et regagner le soir leur triste gîte. Les seuls ateliers de Mulhouse comptaient , en 1851, plus de 5,000 ouvriers logés ainsi dans les villages environnants (1).
C'est dans la ville de Lille que les classes pauvres sont descendues au niveau le plus bas en France : des milliers d'hommes sont arrivés ici à la dernière limite de la misère et de l'abrutissement qui en est la suite, en un mot au degré de l'Irlande. M. Villeneuve de Bargemont , que nous avons déjà cité pour le même fait, nous apprend qu'en 1828 jusqu'à 5,687 habitants étaient logés à Lille dans des caves (2). Voici textuellement reproduite la description que nous donne M. Villermé d'un des quartiers de cette ville industrieuse :
« Le quartier de Lille où il y a , proportion gardée , le plus » d'ouvriers pauvres de mauvaise conduite, est celui de la rue » des Étaques, et des allées, des cours étroites, tortueuses, » profondes, qui communiquent avec elle... Ce quartier a » 24,000 mètres carrés ou environ de superficie. Un recense- » ment fait en 1826 , et dont les résultats détaillés m'ont été » communiqués, m'a fourni la preuve que sa population était » alors de près de 5,000 individus...
» Les plus pauvres ouvriers habitent les caves et les greniers. *> Ces caves n'ont aucune communication avec l'intérieur des » maisons : elles s'ouvrent sur les rues ou sur les cours , et Poti » y descend par un escalier qui en est très-souvent à la fois la » porte et la fenêtre (comme à Liverpool !)... Communément » leur hauteur est de six pieds à six pieds et demi , prise au » milieu de la voûte, et elles ont de dix à quatorze pieds de » côté (5). »
Et, selon le même auteur, les caves ne sont pas les plus mauvais logements. Les pires logements sont les greniers (4)1 Une commission de l'intendance sanitaire du département
(1) Tableau de Vèlat physique et moral des ouvriers, t. î, p. 25. Voir encore, sur Mulhouse, les Recherches statistiques de M. Achille Pénot.
(2) Voir plus haut, page 181.
(3) Tableau de V état physique et moral des ouvriers, t. i, p. 82.
(4) Ibid., p. 84.