CHAPITRE I
du Nord fit, eu 1852, un rapport à la municipalité de LïHe , dans lequel nous trouvons les détails suivants :
« Il est impossible de se figurer l'aspect des habitations de » nos pauvres, si on ne les a visitées.... Dans leurs caves » obscures, dans leurs chambrées, qu'on prendrait pour des » caves, l'air n'est jamais renouvelé, il est infect, les murs
» sont plâtrés de mille ordures s'il existe un lit, ce sont
» quelques planches sales, grasses ; c'est de la paille humide et » putrescente; c'est un drap grossier... les fenêtres, toujours » closes , sont garnies de papier et de verres, mais si noirs , si » enfumés, que la lumière n'y saurait pénétrer; et, le dirons- » nous , il est certains propriétaires qui font clouer les croisées , » pour qu'on ne casse pas les vitres en les fermant et en les » ouvrant. Le sol de l'habitation est encore plus sale que tout » le reste; partout sont des tas d'ordures, de cendres, des » débris de légumes ramassés dans les rues, de paille pourrie; » des nids pour les animaux de toutes sortes : aussi, l'air « n'est-il plus respirable. On est fatigué, dans ces réduits, » d'une odeur fade , nauséabonde, quoique un peu piquante, » odeur de saleté, odeur d'ordure, odeur d'homme (1)... »
Les courrées de Reims (on appelle ainsi les maisons où logent un grand nombre d'ouvriers) présentent un aspect tout à fait analogue. Là aussi , nous ne nous fatiguerons pas de le répéter, là aussi existe une petite Irlande!
« Qu'on se figure , dit M. Villerraé que nous avons plaisir à citer, loin du centre de la ville , des maisons basses d'un aspect misérable , des chambres fréquemment sales et humides, quoique presque toujours bien éclairées, et la pièce à feu, la seule habitable ( je ne dis pas seule habitée , car souvent le grenier est sous-Ioué par les malheureux du rez-de-chaussée à de plus malheureux qu'eux encore), communément si petite qu'un métier à tisser ne peut pas y tenir avec un lit. Ces misérables réduits, que précèdent des cours mal pavées, couvertes d'ordures, se louent depuis 55 ou 60 fr. jusqu'à 90. En outre , les loyers se payent chaque mois et même chaque semaine (2). »
Nous multiplierions à l'infini les citations qui mettent en
(1) Voyez p. 13 et 14 du Rapport.
(2) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, i. i, p. 222.
LIVKE II,
évidence des faits de cette nature, et il nous serait facile de surprendre l'extrême misère avec tout son cortège dans toutes nos grandes villes, dans notre capitale, où, malgré les soins de l'édilité la plus active et la plus éclairée, se trouvent en foule des habitations qui sont pour un peuple civilisé une honte et une souillure. Mais nous espérons en avoir dit assez pour mettre en évidence la triste condition à laquelle est réduite une partie de la population chez les nations les plus avancées en lumières et en industrie. Maintenant que nous avons fait voir les lieux qu'habite la misère, le théâtre sur lequel elle se développe, il sera plus facile de comprendre, nous l'espérons, les phénomènes quelle va nous présenter.