LA MISÈRE EST UN PHÉNOMÈNE DE LA CIVILISATION
Déjà nous avons prononcé ce mot : la misère est un phénomène de civilisation ; c'est-à-dire, misère suppose richesse. Et cela est évident, d'après tout ce que nous avons dit déjà; la misère étant essentiellement un fait de relation , un contraste, ce contraste devra être d'autant plus frappant , que le second terme fera une plus vive opposition avec lui. La richesse est comme la lumière, qui ne crée point les objets, mais qui ne fait que les manifester; plus elle est intense, plus les objets sont visibles, plus aussi l'ombre qu'ils projettent est épaisse. Cela ne veut pas dire que c'est la richesse qui fait la misère; dans l'absence de la richesse et de l'industrie qui la crée, il y a pauvreté universelle , il n'y a pas de conlraste, pas de pauvreté relative, de misère, comme en l'absence de lumière il y a ténèbres profondes, universelles, sans contraste et sans ombre. Parce que l'intensité du phénomène relatif de misère et d'ombre peut se mesurer sur l'intensité du fait de richesse et de lumière, il faudra bien se garder de conclure d'un simple rapport de coexistence, de simultanéité, à un rapport de cause à effet. C'est là le fameux sophisme, père du plus grand nombre d'erreurs dans les sciences sociales, et qui n'a pas toujours été évité dans le sujet qui nous occupe (1).
(1) Cùm hoc, ergo propter hoc. A propos de la charité légale, des progrès de l'industrie, des machines et des procédés économiques, on est souvent tombé dans cette grave erreur qui transporte le caractère