CHAPITRE II
de chiffres en faveur des résultats positifs qu'on en peut tirer. L'arithmétique sociale, quand elle opère sur de pareils nombres , est plus éloquente qu'il n'est donné de l'être à la parole humaine, fût-elle inspirée par le génie!
On sait que les progrès de la civilisation , depuis un demisiècle, ont augmenté la moyenne de la vie humaine et les chances de la longévité, du moins à en juger par la comparaison de la mortalité en France avant et après la révolution.
Suivant M. de Neeker (1), la mortalité était en France de 1 sur 50 ou 50 1/8 avant la révolution; aujourd'hui elle n'est plus que de 1 sur 59 habitants. Depuis la révolution, l'aisance est devenue beaucoup plus générale : une classe nouvelle, composée de citoyens aisés qui possèdent le bien-être , est née des débris de l'ancienne aristocratie, et les jouissances qui étaient auparavant le privilège de l'opulence sont descendues peu à peu dans presque toutes les familles delà classe moyenne. La vaccine et la propagation des moyens de bien-être ont dû nécessairement élever le chiffre de la moyenne de la vie humaine. Nous devons espérer qu'elle s'élèvera encore. Elle varie dans le genre humain de 1 à 20 jusqu'à 1 à 60 (2). Sussmilch pense que le rapport de la mortalité à la population pourrait être de \ à 80 ou 90 (5).
Par malheur, la population laborieuse des villes , le peuple des salariés des fabriques, n'a pas pris part à ce grand progrès. Assurément il serait plus sensible qu'il ne l'est s'il n'y avait pas dans les couches inférieures de la société un grand nombre d'individus qui n'y ont pas participé. Il nous faut citer encore une fois la différence que Ton a constatée dans la mortalité des différents arrondissements de Paris : le rapport, qui n'est que de 1 sur 52 dans le deuxième arrondissement, est de 1 sur 26 habitants dans le douzième ! Quels précieux renseignements nous posséderions sur la misère s'il existait pour toutes les localités importantes de France des documents de
(lj Administration des Finances, chap. ix, p. 206. L'auteur évalue le nombre des décès à 818,491 sur une population probable dp 2^,802,580.
(2) Malthus, Essai sur le principe de la population , i. n , ch. iv. (5j Oottl'whe Ordnuny von Sussmilch.