‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 184 sur 224 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

misère physique sont menacés à chaque instant d'y tomber.

Ces deux exemples sont les plus tristes de tous ceux dont nous avons été témoins; mais ils ne sont point cependant des exceptions ; les logements les plus rares dans ce quartier sont ceux où Ton trouve quelque mobilier : le lit avec des draps et des couvertures y est un objet de luxe presque inconnu. Les familles qui ne couchent pas sur la paille hachée, comme celles <ju;j nous venons de visiter, n'ont qu'un cadre de planches, recouvertes de vieux habits et de débris de couverture , et le père, la mère et les enfants, s'y blottissent pêle-mêle. Et ce n'est pas un seul district de la ville de Londres, qui a le privilège d'une pareille misère. Les quartiers de Shoreditch , H'hite-Chapel , Schadwell, de Saint-Gilles, de Saint-Olave. nous offriraient à chaque pas des scènes semblables à celles que nous venons de décrire ; ceux qui renferment beaucoup d'Irlandais, comme Schadwell et Saint-Olave, nous feraient voir la misère sous un aspect plus hideux encore, la misère unie à la saleté, à la dégradation volontaire , à la plus brutale ivrognerie. Le paupérisme, quand il frappe des malheureux d'origine anglaise, a quelque chose de sinistre et de fatal qui inspire une sorte de respect et presque de l'effroi : on éprouve en sa présence le sentiment qu'inspirent les grandes infortunes. 11 n'en est pas de même de la misère irlandaise, dont nous donnerons plus loin l'explication ; elle fait horreur, elle dégoûte, car elle étale ses haillons avec une cynique impudence, et Ton dirait qu'elle se complaît dans la malpropreté. J'ai observé avec étonnement que les deux chefs de famille dont j'ai raconté plus haut la détresse ne m'ont rien demandé ; le second surtout m'a frappé par sa résignation. Il semblait indifférent aux secours que lui promettait de nouveau l'agent de la charité, comme s'il eût compris qu'à une misère si grande l'aumône était un remède insuffisant. Au contraire , lorsque nous visitions des Irlandais, toutes les mains se tendaient vers nous; dès que nous sortions d'une maison , les voisins nous pressaient d'entrer chez eux, disant que leur logement était encore en plus mauvais état, afin d'intéresser à leur profit notre curiosité. Us se disputaient avec la bassesse la plus vile l'espoir d'une charité ; chacun d'eux était seul digne de l'aumône , a l'exclusion de tous les autres. « Ne donnez rien, nous

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