‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 185 sur 224 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

» criait-on de toutes parts dans une cour pendant qu'une » femme nous suppliait de lui faire l'aumône d'une pièce de six » pences; ne donnez rien, c'est pour s'enivrer davantage, car » elle l'est déjà ! »

La misère anglaise, chez les tisserands surtout, conserve jusque dans le plus affreux dénûment un caractère de dignité. Tous ceux qui ont visité les pauvres tisserands , dont nous exposerons bientôt la détresse , ont été vivement étonnés de leur force morale et de leur intelligence. Voici ce qu'un tisserand de Bethnai-Green répondit à l'un des commissaires chargés de l'enquête qui concerne sa profession : — «. Avez-vous des en- » fanfs , demande-t-on au pauvre ? — Non , répond-il ; j'en ai » eu deux , mais , grâces à Dieu , ils sont morts ! — Est-ce que » vous exprimez de la satisfaction de la mort de vos enfants? » — Oui, je suis débarrassé du fardeau de les nourrir ; et eux, » pauvres chères créatures ! ils sont affranchis des misères de » celte vie mortelle. — Combien payez-vous de loyer ? — - Il sert rait mieux de me demander : Combien devez-vous payer? » payer son loyer est devenu chose inaccoutumée chez les lis- » serands ; je dois payer cinq ou six schellings la semaine , et » c'est une des misères de notre profession que nous devions » payer un loyer si élevé. Il nous faut beaucoup de place, » beaucoup de jour, etc.. (1) »

Une société philanthropique de la ville de Manchester a chargé spécialement un ministre de visiter les pauvres, afin de leur dislribuer les consolations religieuses, l'instruction morale , et quelques aumônes. Le ministre des pauvres de Manchester, M. George Buckland , bien digne , par son esprit de tolérance et de charité, de la sainte mission qui lui est confiée, publie chaque année, par ordre de la société dont il est l'agent ,des extraits de ses rapports. C'est lui qui est le plus en état assurément de bien connaître la nature et l'étendue du paupérisme qui afflige cette vaste métropole de l'industrie anglaise. Du 18 septembre 1837 au 7 janvier 1859, il a fait 5,190 visites aux pauvres de Manchester, et nous avons eu l'honneur d'être accompagné par lui , lorsque nous avons voulu juger de nos pro-

(1) Handloom Weavers Inquiry, part. ii. Report of James Miltchell , p. 242.

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