CHAPITRE III
pi es yeux la misère britannique. Voici quelques faits que nous empruntons au révérend George Buckland , et qui sont de tout point confirmés parce que nous avons vu avec lui.
« Dans une tournée faite le 4 décembre 1837, dit M. George Buckland , j'entrai sur la prière d'une pauvre femme dans une maison qu'elle m'avait désignée. Là , se trouvait une femme avec son mari et trois petits enfants vivant, ou plutôt existant dans une seule chambre. La maison se composait de deux pièces, et celle du bas était occupée par une famille qui paraissait dans la même situation. La chambre offrait le spectacle du plus grand dénûment ; elle était absolument nue, à peu près comme ceux qui l'occupaient. Une vieille chaise, une petite terrine de métal, un petit vase déterre, composaient tout le mobilier. Dans chaque coin de la chambre , vis-à-vis le foyer, était roulé un petit paquet malpropre : c'était le lit , sans matelas , et même sans paille ! l'homme était un tisserand en calicot; il avait quitté ce métier pour un emploi plus avantageux qui , après quelque temps , lui avait manqué. Le maître qui l'avait occupé m'apprit que cet homme ne passait ni pour un paresseux , ni pour un débauché (1). »
5 février 1838. — « Je suis descendu dans une cave habitée par un tisserand. Sur un mauvais lit était étendu sa femme , en couches , si mal que je l'entendais à peine parler ; dans un autre coin de cette cave sombre et humide j'aperçus un enfant mort , placé sur la chaîne du métier ; je demandai à l'homme pourquoi il ne l'avait pas fait enterrer, car il y avait presque une semaine qu'il était mort ; il me répondit qu'il n'était pas en état de payer pour le faire enterrer... Le pauvre homme, qui gagne tout au plus sept ou huit schellings la semaine, était lui-même malade, et il n'avait rien gagné la semaine qui précéda les couches de sa femme, auxquelles il lui avait été impossible de se préparer (2). » Pour comprendre ce fait horrible , il faut savoir que cet homme était Irlandais et ,
(1) Fifth report of the mini stry to the poor, commenced in Manchester,january 1853. Il serait bien à désirer que toutes les villes anglaises eussent une institution semblable ; celle-ci est fondée à l'exemple des visiteurs des pauvres, institués à Boston, par le R. Tuckerman.
(2) Ibid., p. 54.