‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 188 sur 224 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

le dire... l'hiver s'annonce sous un aspect sinistre (1). »

2 décembre 1859. — « Il est bien pénible d'être témoin des souffrances et des privations auxquelles bien des gens sont en ce moment condamnés. Il est admis généralement qu'une gronde partie de leur misère est le résultat de l'ignorance et du vice; je puis affirmer cependant qu'en ce moment les personnes les plus laborieuses et les plus méritoires (deserving) souffrent les dernières rigueurs de la misère. Ce n'est pas une chose rare pour un tisserand à la main de passer au travail toute la nuit ou peu s'en faut; je sais que de sérieuses maladies sont fréquemment produites par ce long travail et ce long séjour dans une cave humide, sans nourriture suffisante pour entretenir la force et la santé. J'ai été ce matin voir un homme dont le caractère moral et religieux m'inspire le plus grand respect , qui est tombé malade, et je crains bien qu'il ne se rétablisse jamais, pour avoir donné au travail le temps consacré au repos. — Dans une maison absolument privée de tout objet de mobilier vivaient un homme, une femme et trois enfants... Je les ai secourus en certaines occasions, mais ils auraient péri infailliblement sans la charité de leurs pauvres voisins (2). » C'était encore une famille irlandaise.

6 janvier 1840. — « Il est presque impossible de donner une idée des scènes dont je suis témoin aux personnes qui n'y ont pas assisté elles-mêmes. A celui qui voudrait les comprendre dans toute l'étendue de leur hideuse réalité je dis : Allez et voyez vous-même. Je citerai pourtant un exemple, un bien tnste cas, c'est vrai, mais qui n'est pas pire que des centaines d'autres que je pourrais choisir dans cette ville populeuse. Je suis allé dernièrement pour voir une femme et un enfant qu'on me disait être bien malades ; je les trouvai dans une cave, couchés sur un méchant lit, la mère dans un accès de fièvre, l'enfant près d'expirer d'une inflammation de poitrine. Le plancher était presque aussi humide que le sol de la rue , et les murs étaient couverts en partie d'une végétation vivante. Pour rendre le tableau plus affreux, ce trou humide ne renfermait pas

(1) Sixth report ofthe ministry to thepoor, p. 59.

(2) If'id.. p. 21.

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