LIVRE I
le rapport des individus pauvres à la population y est plus élevé, et dans la même proportion à peu près que la richesse publique. En Angleterre, on peut affirmer que sur six individus il y en a au moins un qui se (rouve réduit à cet état de gêne et de dénûment qui constitue la misère; en Belgique , et dans le déparlement du Nord , le plus industriel et le plus peuplé de la France, la proportion est à peu près la même, tandis qu'elle décroît sensiblement dans les pays où l'industrie qui fait la richesse publique est peu développée. En Espagne et en Italie , elle n'est plus que d'un sur trente ; en Turquie d'Europe, d'un sur quarante; en Russie , d'un sur cent (1). Pour prévenir certains esprits contre les conséquences injustes que l'on peut tirer de ce fait, il aurait fallu pousser plus loin la comparaison, et donner une place dans le tableau aux peuplades barbares et sauvages qui couvrent encore une grande partie du monde. On aurait vu que chez elles il n'y a plus de pauvres , parce que tous les individus y sont également pauvres.
Ce douloureux contraste serait-il donc de toute nécessité inhérent à l'existence de la richesse? Faut-il absolument, pour qu'un individu vive dans l'aisance de la civilisation, qu'un ou plusieurs malheureux souffrent de la privation des plus indispensables besoins, et de l'irritante comparaison qu'ils font de leur misère avec la satisfaction d'autrui? Le travail et l'industrie ne doivent-ils pas offrir à quiconque s'adresse à eux la satisfaction complète des besoins légitimes? autrement, devraitil y avoir d'autre misère que celle qui est volontaire, que la misère dont on peut imputer la cause à celui-là même qui en souffre? Difficiles et redoutables questions que nous nous réservons d'aborder plus tard, sinon de résoudre. Disons seulement que la misère n'est point de toute nécessité inhérente a l'existence de la richesse , qui ne fait , comme nous l'avons dit , que la mettre en relief parle contraste.
(i) Nous ne croyons pas nécessaire de citer ici les différents résultais que la statistique nous a donnés sur cette question. On peut consulter les ouvrages de Kalbi, la statistique de Schoen, Schmiedlin dans l'ouvrage intitulé : AUgemeiner XJmriss des TVurlemberyischen Armen Wcsens, Stuiltjard, 1850. — L'ouvrage de M. de Villeneuve- Bargemont,