‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 20 sur 224 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le but do la civilisation matérielle est le progrès , comme celui de la civilisation politique et intellectuelle; et ce progrès peut-il être autre que l'amélioration du sort du plus grand nombre des hommes, de ceux-là mêmes chez lesquels la misère prend aujourd'hui ses victimes ? Si quelques faits importants semblent nous en éloigner aujourd'hui , si , en apparence, le progrès industriel , en augmentant la richesse générale, augmente dans la même proportion le nombre et les privations des misérables, ce n'est pas une raison de désespérer de la civilisalion et du progrès , et encore moins d'accuser l'industrie. Il y a assez d'intelligence et de générosité dans le monde pour attaquer le mal dans ses causes , pourvu que ces causes ne soient pas au-dessus de la puissance humaine.

Puisque c'est la richesse qui met la misère en évidence , et la comparaison de la richesse qui en éveille le sentiment dans l'âme du pauvre, il est évident qu'elle doit se rencontrer surtout dans les villes, dans les grands foyers du commerce et de l'industrie. C'est là que se rencontre la plus grande accumulation de richesse, qui, se manifestant par le luxe, donne naissance aux plus vifs contrastes ; et, en même temps, c'est là qu'agissent avec le plus d'énergie les causes qui concourent à la formation de la misère. Aussi la misère, comme le luxe son opposé , habite-t-elle presque exclusivement les cités. Les toits de chaume de nos campagnes, comme les huttes des sauvages, n'abritent guère que la pauvreté. Les hôpitaux , les hospices , les dépôts de mendicité, ies bureaux de bienfaisance, sont presque exclusivement peuplés ou visités par les habitants des villes; ils ne s'ouvrent guère qu'aux indigents citadins , aux invalides de l'industrie. L'Angleterre, par exemple, possède une misère agricole qui égale et môme surpasse chez elle le paupérisme des manufactures. En France, les dépenses de la charité publique sont affectées presque en totalité au soulagement des souffrances et des privations de l'habitant des villes. Ce fait seul démontre suffisamment que ce sont les villes surtout qui engendrent et contiennent la misère.

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