LIVRE II
nière d'ornement littéraire. Nous laissons parler les témoins.
« J'ai vu beaucoup de misère en mon temps (c'est le ministre d'une paroisse de la ville d'Edimbourg qui parle), mais jamais je n'ai été témoin d'une accumulation de misère semblable à celle qu'offre en ce moment cette paroisse (Old-Church). Quelques-uns des Irlandais qui y vivent sont bien misérables , mais les plus misérables, et de beaucoup, sont des Écossais. J'ai vu une femme et cinq filles , avec une autre femme , dans une maison où il n'y avait ni siège, ni table, ni lit , ni draps , ni aucune espèce d'ustensiles de cuisine. Cette femme recevait la plus large aumône qu'accorde la charité, 2 schellings 6 deniers la semaine. — Je vois souvent la même chambre occupée par deux couples mariés , qui n'ont de lit ni l'un ni l'autre. — Je suis entré le même jour dans sept maisons où il n'y avait pas de lit, et dans quelques-unes pas même de paille. J'ai trouvé des vieillards octogénaires couchés sur des planches nues. — Beaucoup dorment dans les mêmes habits qu'ils portent pendant le jour. — Je peux citer le cas de deux familles écossaises, vivant dans une misérable cave , lesquelles étaient venues ici de la campagne dans l'espoir de trouver de l'ouvrage. Depuis leur arrivée, elles avaient eu deux morts, et une troisième personne d'entre elles était à l'agonie. Dans le lieu qu'elles habitent, il est impossible de distinguer à midi une figure humaine sans lumière artificielle. Dans un coin, on voyait un tas de paille putrescente pour une famille; dans le coin opposé un autre tas de paille pour la seconde famille. Dans un troisième coin était un âne, tout à fait l'égal ici de ces humaines créatures. 1! y a de quoi faire saigner un cœur de diamant , à voir une pareille accumulation de misère dans un pays comme celui-ci (1).
« Le fait est, dit Chambers, dans le Journal d'Édimbourg, en parlant de la condition du grand nombre des travailleurs de cette ville, le fait est qu'ils vivent dans une condition telle que si on lui compare l'existence de la plupart des animaux domestiques , cette existence est une vie de luxe (2). »
(1) Evidence given by the Rev. D. Lee minister of the Old-Church before the commis sionner s of religious instruction, 18 février 1836. Voyez On the ménagement of the poor in Scotland, p. 6.
(2) Chambers Edimbourg Journal, february 16-1839.