‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 192 sur 224 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

« J'ai vu bien des gens , dit M. Alison , surtout des femmes, incapables de se procurer des vêtements pour aller à l'hôpital ou renvoyés comme incurables , repoussés par les autres institutions de charité ; ils périssaient par suite du besoin et de la nudité, et ne recevaient de secours qu'à leurs derniers moments, de quelques-uns de leurs voisins un peu moins misérables. — J'ai été témoin, au mois de mars 1840, d'un fait précisément de cette nature : Je trouvai une jeune femme, qui avait précédemment servi dans une famille respectable, étendue sur le plancher d'une chambre obscure, avec une couverture en lambeaux, la tête appuyée sur une pierre. Elle était à la dernière période de la consomption. Elle m'assura qu'elle n'avait pas eu d'autre lieu de repos depuis six semaines, et qu'elle n'avait vécu que de ce que lui avait donné une pauvre veuve avec laquelle elle vivait, et qui recevait du work-house 9 deniers la semaine. Elle mourut avant que je pusse la faire admettre à l'hôpital (i).

» Au printemps de 1838, saison qui fut très-rigoureuse, j'ai vu trois jeunes femmes avec chacune un enfant naturel au sein, sans ouvrage, plongées dans la dernière détresse, et auxquelles on refusa l'entrée du work-house. Les aumônes que leur faisaient leurs pauvres voisins étaient insuffisantes pour les faire vivre. Après quelques semaines de rude souffrance, les Irpjs enfants moururent, sans aucun doute, des suites du froid et de la privation de nourriture (2). »

Notre cœur est fatigué de ces lugubres citations, et nous croyons que tout le monde pensera avec nous qu'il y a dans les pages précédentes plus de faits qu'il n'en faut pour autoriser la condamnation d'un état social au milieu duquel se produisent de pareilles scènes. Si quelqu'un hésitait encore, s'il ne voulait voir ici, avec les optimistes, que des exceptions peu importantes, résultat nécessaire de l'imperfection des choses humaines, nous l'engageons à étudier avec bonne foi les documents que nous avons cités , et nous sommes assuré , s'il le fait, qu'il ne sera pas aussi réservé dans ses émotions, que nous l'avons été jusqu'ici.

(1) On the ménagement of ihe poor in Scoliand, p. 32.

(2) lbid.y p. 83.

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