‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 193 sur 224 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Il n'est pas nécessaire, je pense, d'aller maintenant en Irlande ; l'Irlande , comme nous l'avons dit déjà, n'a plus rien à nous apprendre. Nous n'y trouverions pas des exemples de misère plus étendue ni plus profonde; la seule différence en Irlande, c'est que la misère y est universelle, tandis qu'elle n'est encore que partielle en Angleterre et en Ecosse.

Si nous n'allons pas chercher au fond de la société française des faits analogues à ceux que nous avons recueillis en Angleterre , ce n'est pas qu'il nous serait impossible d'en rencontrer. Malheureusement il nous suffirait d'entrer dans le quartier des pauvres à Lille, à Reims ou à Mulhouse, pour voir des scènes à peu près semblables à celles que nous avons décrites plus haut. Cependant, j'ai la certitude que ces exemples d'extrême détresse sont plus rares chez nous, et moins affreux que ceux offerts par l'Angleterre. D'abord , nous n'avons pas d'Irlandais , et les misérables, trop nombreux sans doute, qui forment la couche inférieure, le caput morluum des cités industrielles , ne sont qu'une population insignifiante , si on les compare à toute la population française ; ensuite, la population souffrante a beaucoup plus de moyen de secours en France qu'en Angleterre, bien que notre pays ne soit pas affligé du fardeau de la charité légale. Nos hôpitaux s'ouvrent beaucoup plus facilement à la misère que les tvork-houses et hôpitaux d'Angleterre ; les hôpitaux des grandes Villes, en ce pays, les magnifiques établissements de la charité volontaire, sont presque exclusivement le privilège des domestiques et des souscripteurs. Le plus grand nombre des pauvres des villes en Angleterre reste en dehors de la charité.

Une preuve matérielle et bien frappante que la misère est moins générale et moins extrême en France, c'est que nulle part , dans nos cités , on ne voit des bandes de misérables aussi déguenillés, des troupes d'enfants aussi nus qu'en Angleterre. On aurait beau parcourir les plus pauvres quartiers des villes de France, on ne rencontrerait nulle part des enfants aussi délaissés , des troupes de pauvres petits , pieds nus , se récréant dans la boue des rues , comme nous en avons vus surtout à Liverpool , où , dans une seule rue (1) qui n'est pas très-longue ,

(1) Lace-Street.

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