LIVRE II
vertus de l'homme; si Ton sait quelle éducation reçoit une certaine classe d'individus, si Ton connaît exactement le milieu dans lequel sont élevées les générations qui la composent, on pourra décider d'avance avec certitude quel rang elle occupera dans Téchelle de la moralité et de la dignité humaines.
Nous avons dit dans le chapitre précédent que , dans les quartiers des villes populeuses de l'Angleterre habités par la misère, on voyait les rues, surtout les ruelles et les cours, remplies d'enfants de 4 à 8 ans, sales, déguenillés, pieds nus, prenant leurs ébats dans la boue des ruisseaux , afin d'échapper à l'obscurité et à l'air impur des habitations de leurs familles. Toutes les villes d'Angleterre que nous avons parcourues nous ont offert le triste spectacle de bandes d'enfants immondes, vaguant comme de petits animaux à travers les quartiers où vivent les classes pauvres. Le dimanche surtout , les rues de ces quartiers présentent un aspect indescriptible. Les petites places et les cours sont remplies , on peut le dire sans exagération , de jeunes enfants complètement abandonnés, rassemblés en petits groupes, souvent couchés en tas sur le pavé boueux ou le fumier. Cependant, si une ville mérite la préférence sous le rapport de l'abandon et de la saleté des enfants, c'est la ville de Liverpool. Le tableau de la condition de l'enfance dans les villes les plus peuplées de l'Angleterre étant le même pour toutes à peu près , nous ne donnerons qu'une rapide esquisse de ce qu'elle est à Manchester, parce que nous avons ici d'autres témoignages que nos propres souvenirs, et que nous pouvons emprunter ce que nous avons à en dire à la description trèsexacte faite par un habitant éclairé de cette grande ville.
« La grande majorité des enfants pauvres à Manchester, dit M. Beaver Neale , l'auteur d'une brochure sur les Jeunes délinquants de cette ville , est mise au monde avec le secours de la charité publique ; et si les parents n'ont ni le moyen ni le souci de pourvoir eux-mêmes à la naissance de leurs enfants , quelle chance ont ces tristes rejetons de la misère de recevoir plus de marques de la sollicitude de leurs parents pendant leur vie que ceux-ci n'en ont donné à leur naissance?
» L'enfant de Thomme, on le sait, exige plus de soins, est plus difficile à élever que les petits de tous les autres animaux. Mais, à Manchester, l'enfant du pauvre reçoit moins de soins