DIFFICULTÉS QUE PRÉSENTE L'ÉTUDE DE LA MISÈRE
Quand un épouvantable fléau , la peste par exemple, ravage une ville ou une contrée, rien n'est plus facile que d'en constater la présence; il s'annonce hautement, avec une évidence terrible, par les maux qu'il produit. Ses effets tout matériels frappent les sens d'épouvante ; on compte ses victimes; la terre remuée des cimetières raconte ses œuvres de chaque jour. 11 n'en est pas de même de la misère, le fléau social. Bien qu'il ait aussi des effets sensibles et matériels, ce n'est pas par eux seulement qu'il se révèle ; il a d'autres symptômes , il produit d'autres effets, que nos sens ne peuvent ni apprécier, ni saisir. Nous pouvons bien jusqu'à un certain point constater et mesurer l'action de la misère sur l'homme physique; mais comment découvrirons-nous les ravages que fait sa présence dans l'homme moral? comment évaluer des maux invisibles, que l'orgueil lait , que la honte n'ose pas avouer ?
Il n'est pas facile non plus de reconnaître les signes extérieurs de la misère , car ce phénomène est si variable, si mobile, que des faits qui constituent sur un point la misère la plus extrême, peuvent annoncer sur un autre point une facile aisance. Il faut avoir pour chaque peuple, et nous dirions presque pour chaque individu , une mesure différente. Avant de dire : Tel individu est misérable , il faut savoir quels sont pour lui les besoins indispensables. Certes , des boissons à la glace peuvent être regardées comme des objets de luxe dont la privation ne mérite guère la pitié; et pourtant elles sont pour le peuple de Naples un besoin si impérieux, que le gouvernement croit sa sécurité intéressée à l'abondance de cette élégante boisson. 11 a peur de la cherté de la glace , comme d'autres gouvernements ont peur