‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 202 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que l'éducation ne peut pas par elle-même tout ce qu'on en attend , et qu'elle ne coopère efficacement à leur salut qu'en leur inspirant l'énergique désir d'être sauvés.

Puisque nous avons parlé des dangers dont la misère ignorante menace la société anglaise, nous allons montrer que ces dangers existent actuellement, qu'ils sont moins éloignés qu'on ne le pense, et que l'opinion des hommes éclairés en tient déjà compte.

« Depuis cinquante ans, dit encore le docteur Kay (1), il s'est opéré un grand changement dans la condition morale et intellectuelle des classes laborieuses. Autrefois, elles considéraient leur pauvreté et leurs souffrances comme inévitables , si toutefois elles songeaient à en rechercher l'origine; aujourd'hui, à raison ou à tort, elles attribuent leurs souffrances à des causes politiques ; elles pensent qu'un changement dans nos institutions pourrait grandement améliorer leur condition. » Ici, l'auteur cite la pétition chartiste présentée par M. Attwood. «Cette agitation n'est pas récente; elle a pris beaucoup de formes différentes dans les trente dernières années , et à chaque fois on a pu voir combien il est facile d'entraîner des masses ignorantes , mécontentes et souffrantes. Les districts manufacturiers n'ont pas cessé d'être agités depuis le temps qu'embrassent nos souvenirs ; à une époque, c'étaient les luddistes , à une autre les briseurs de machines; à des époques répétées, les associations de métiers (trade Unions) ont essayé de soutenir les salaires au-dessus du taux déterminé par les lois naturelles du commerce , au moyen de suspensions subites du travail , d'émeutes , en employant des bandes de coquins payés pour intimider les maîtres, et même les assassiner... L'agitation devient de jour en jour plus systématique et mieux organisée... On ne doit pas espérer que cet esprit de désordre s'apaise spontanément , ou qu'il puisse être détruit par la force. Le chartisme, ce monslre social , est sorti tout armé du sol où l'on avait voulu détruire par la force les maux dont nous venons de parler. Il est aussi sûr qu'une chose à venir peut l'être, que l'esprit anarchique de l'association chartiste, si on l'abandonne à la direction des causes qui agissent maintenant, de-

(1) Récent measures, etc., p. 42.

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