‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 204 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et entretiennent sa misère : les torys se refusent à croire que le meilleur moyen d'apprendre au peuple la résignation , c'est de le mettre à même de découvrir les véritables causes de ses souffrances , de lui enseigner que les lois naturelles du commerce exigent que la rémunération du travail soit au plus bas prix possible. Les torys ont l'avantage d'être franchement conséquents , et ils s'opposeront de toutes leurs forces à ce que l'éducation soit autre chose en Angleterre que ce qu'elle a été jusqu'ici , ou l'ignorance absolue, ou l'histoire de la Bible commentée par un ecclésiastique bien pensant. Nous espérons cependant que le parti conservateur n'aura pas le pouvoir d'empêcher que les bonnes intentions de ceux qui gouvernent aujourd'hui ne fournissent aux basses classes, par un bon système d'éducation séculière, les moyens de préparer leur affranchissement dans l'avenir.

La statistique du crime dans un pays est un des moyens de connaître à peu près l'état moral des conditions inférieures, parce que les crimes sont commis en grande majorité par cette population dégradée qui est le résidu et la lie des sociétés ; cependant ce moyen n'est pas aussi infaillible que Font cru beaucoup de statisticiens moralistes, et la moralité d'un peuple peut souvent ne pas répondre aux chiffres de la criminalité. Par exemple, que des modifications soient introduites dans la justice criminelle d'un peuple , que sa police devienne plus vigilante, et le chiffre des préventions de crime augmentera sensiblement , et pourtant l'état moral de ce pays ne sera pas changé. Voici quelques chiffres sur la criminalité anglaise , qui peuvent autoriser des inductions favorables à nos idées sur la démoralisation progressive des basses classes en ce pays. Les rapports nous apprennent qu'en 1825, il y eut en Angleterre 14,437 individus prévenus de crimes contre les propriétés ou les personnes. En 1854, le nombre des préventions s'était élevé à 22,451, en 1858 à 25,612. Ce chiffre, qui n'avait pas cessé d'augmenter jusqu'ici dans une effrayante proportion , s'arrête en 1859, et, pour la première fois depuis qu'on recueille le nombre des prévenus de crimes , il subit une légère diminution , qu'on attribue à la bonne influence de la nouvelle loi des pauvres sur la moralité du pays : le chiffre de 1859 est 25,094.

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