LIVRE II
lui-même les ramasser un à un dans les recoins les plus obscurs de la société.
Parent-Duchâlelet commence par démontrer que Ton a toujours exagéré de beaucoup le chiffre de la prostitution; Reslif de la Bretonne, l'ingénieux et cynique romancier, évalue à 20,000 le nombre des prostituées exerçant leur métier à Paris. Fouché le porte approximativement à 30,000 en 1802, à 18,000 seulement en 1810. En Angleterre, nous avons vu que Colquhoun supposait à Londres 50,000 prostituées a la fin du dernier siècle , et qu'aujourd'hui la société instituée pour prévenir la prostitution l'élève à 80,000, tandis que, suivant le rapport de M. Mayne, l'un des deux directeurs de la police , fait à M. Guerry, il n'y en aurait pas plus de 8 à 10,000. Parent-Du~ châtelet, ainsi que M. Guerry, ignoraient que la cité de Londres n'était pas comprise probablement dans l'évaluation de M. Mayne , car on ne possède aucun moyen de constater détendue de la prostitution dans l'antique forteresse des abus britanniques. A Paris, suivant les relevés faits par l'auteur de îa Prostitution dans la ville de Paris, le nombre des prosti tuées soumises à la surveillance ne dépasserait pas annuellement 3,558, chiffre de 1832. Sans contester l'exactitude de ces nombres, nous affirmons qu'ils ne permettent pas d'arrêter la prostitution parisienne à un chiffre plutôt qu'à un autre. Qui ne sait que, si grande que l'on suppose la vigilance de la police , la prostitution patentée est loin de comprendre toute la malheureuse population qui a recours pour exister à celte vile i essource ? Qui ne sait que la femme isolée n'est pas en état de gagner de quoi vivre honnêtement dans notre société? nous parlons bien entendu du grand nombre. La prostitution , ou du moins la facile galanterie, est la ressource régulière de beaucoup de jeunes ouvrières de la ville de Paris.
Ce que nous trouvons de précieux dans l'ouvrage de Parent- Duchâtelet (1) , ce ne sont pas ses chiffres, ce sont les recherches de statistique morale auxquelles il s'est livré sur les filles iiiscrites au bureau des mœurs. Il nous apprend cette triste vérité , à laquelle nous devions nous attendre, que ce sont les
(1) De la Prostitution dcrns la ville de Paris, par Parent-Ducliâteler , deuxième édition t Paris 1837,