CHAPITRE IV
enfants des journaliers, des domestiques, des artisans, des pauvres ouvriers de fabriques, qui payent presque entièrement à !a grande ville l'impôt de la prostitution. Les villes d'industrie comme Reims, Rouen et Lille, envoient la majeure partie des filles qui exercent la prostitution à Paris. Plus de moitié de ces malheureuses n'a reçu aucune espèce d'instruction; sur •1 470 inscrites, 2,552 n'ont pas pu signer leur nom! Les dames de maison, c'est le nom des misérables qui exploitent la prostitution , beaucoup plus viles que les prostituées , car elles vivent de l'infamie, tandis que les autres en meurent souvent, les dames de maison ont des agents qui parcourent les villes de fabrique pour recruter des pensionnaires , nous pourrions dire en toute vérité des esclaves. Il y a quelques années , dit Parent, la police étonnée du grand nombre de filles de Reims qui arrivaient à Paris pour entrer dans des maisons de prostitution , prit des renseignements , et elle découvrit que ces malheureuses étaient adressées de leur pays même aux dames de maison par des commis voyageurs. Le même auteur, suivant jusqu'à la fin le sort des pauvres filles auxquelles il nous intéresse malgré lui , nous apprend que sur 5,401 dont il a pu suivre le sort définitif, 428 sont mortes à la peine, plus d'une sur huit (1) !
Dans les villes de grande industrie, comme Lille et Reims, la prostitution règne à un tel point qu'elle ne peut plus être ni réglée, ni surveillée, et que, on peut le dire, elle devient un vice général , une abomination publique. Voici ce que nous en apprend M. Villermé dans son livre déjà cité sur Xëtat physique et moral des ouvriers : « Si j'en crois ce qui m'a été rap- » porté, beaucoup de filles et déjeunes femmes des manufactures a abandonnent souvent l'atelier dès six heures du soir, au lieu « d'en sortir à huit , et vont parcourir les rues dans l'espoir de » rencontrer quelque étranger qu'elles provoquent avec une » sorte d'embarras timide. — On appelle cela dans les fabriques » faire son cinquième quart de journée (2). »
La misère et la grande industrie qui entassent pêle-mêle les
I) De la Prostitution dans la ville de Paris , t. i, p. 455. (2) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, par M. Villermé, t. t, p. 226.