CHAPITRE IV
vantant la société de la rapide élévation de son chiffre. Nous verrons plus loin, à l'étude des causes de la misère, que ces causes sont plus actives que tous les palliatifs imaginés jusqu'ici , plus puissantes que la charité , fût-elle poussée jusqu'à l'héroïsme.
En Angleterre , une diminution énorme s'est opérée dans le nombre des enfants illégitimes à la charge des paroisses , depuis la mise à exécution de la nouvelle loi des pauvres, qui a introduit le principe nouveau , que la mère d'un enfant illégitime était responsable devant la société de l'existence de son enfant, tandis que l'ancienne loi faisait retomber toute cette responsabilité sur le père , et , s'il restait inconnu , confiait l'enfant illégitime à la charité paroissiale. Grâce à ce système amendé , le chiffre des enfants à !a charge des paroisses qui , en 1855 , élait de 71,198 en Angleterre (l'Ecosse et l'Irlande toujours exceptées), n'était plus que de 61,826 en 1856, et de 45,155 en 1837. Mais ce n'est ni le vice ni ses effets qui ont diminué , c'est la charité qui a rendu ses conditions plus rigoureuses , et qui a retiré ainsi ses bienfaits à un très-grand nombre d'individus.
Deux vices, à la fois conséquence et cause de misère, la malpropreté et l'ivrognerie , accompagnent toujours sans exception l'extrême misère. Arrivé à un certain degré de dénûment , l'homme cesse tout à coup de lutter contre le malheur, sa volonté éteinte ou fatiguée n'est plus capable d'un sent effort, et il se laisse entraîner sans résistance jusqu'aux derniers abîmes du paupérisme. Sous la pression du besoin, il a progressivement abaissé ses habitudes , et il en est venu bientôt à ne plus demander autre chose que la conservation de l'existence animale. Arrivé à ce point, il a perdu tout sentiment de respect pour sa personne , et s'il lui reste parfois quelque superflu , il l'emploie non plus à améliorer sa condition , mais à se procurer les moyens de l'oublier ; il appartient désormais au troupeau irlandais (irish flock), qui n'a d'autres' besoins que la pomme de terre pour ne pas mourir, et les liqueurs fermentées pour s'enivrer.
C'est à l'état de propreté des maisons habitées par les pauvres , que l'on peut juger avec certitude le véritable degré de leur misère. On voit des malheureux qui , dans le plus grand 1 24