‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 219 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

placé sur la barre. l e sérieux et le silence avec lesquels cette liqueur ardente est absorbée font frémir. On dirait que ce peuple accomplit un service divin; le sacrifice consommé, chacun va s'asseoir sur un banc de bois qui règne vis-à-vis du comploir ; là on reste immobile , toujours muet, comme si Ton était plongé dans une sorte de béate extase; puis, quelques minutes écoulées , on retourne à la barre, on boit de nouveau, et l'on recommence ainsi tant qu'il reste de l'argent. Tout y passe; on a le triste courage de braver la mort par faim, pour soi et ses enfants , afin de pouvoir s'enivrer ! Il a été constaté , par les enquêtes qui ont préparé la loi des pauvres, que les charités distribuées en argent par les paroisses étaient généralement dépensées au cabaret , et qu'elles ne profitaient qu'au marchand de liqueurs. Les populations inférieures de l'Angleterre sont à un tel degré d'abaissement qu'il est impossible à la charité de les relever, et qu'elles s'empressent d'échanger ses dons contre un moment d'ivresse. La réforme que nous avons analysée dans la première partie serait dans tout autre pays une cruauté ; ici elle était nécessaire, elle était , hélas ! le seul bienfait qu'on pût accorder aux misérables! Pour le paupérisme dégradé le refus de la charité est un bienfait ! Il n'y a plus autre chose à faire que de le forcer de sentir ses souffrances afin d'éveiller en lui la volonté de les combattre et d'en mériter la fin , ou bien , cela est terrible à dire, de l'abandonner à son sort!

On sait avec quelle rigueur la célébration du dimanche est commandée en Angleterre par l'Église et l'État. Il n'y a d'exeeption que pour les cabarets. Toutes les boutiques doivent être closes, tous les lieux d'amusements honnêtes et d'instruction, comme jardins botaniques et musées , sont rigoureusement fermés; la gin' s shop seule s'ouvre librement à deux battants à quiconque en pousse la porte du pied. Elle doit seulement avoir l'air fermé; porte solide à deux battants se refermant d'elle-même sur ceux qui entrent, fenêtres closes ; dans l'intérieur un demi-jour comme dans un sanctuaire, ou même la lumière du gaz , et , à la faveur de ces précautions , licence entière, licence officielle de trafiquer en liqueurs pendant tout le jour, sans en excepter une seule heure. Et dans ce pays , les chemins de fer chôment pendant les heures des offî-

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