LIVRE II
ces , en l'honneur du dimanche! Et, lorsque je m'étonnais a Manchester de la licence accordée aux cabarets, on présentait un bill à la chambre des lords pour interdire le transport des marchandises sur les canaux, le saint jour du dimanche! Dans cette ville de Manchester, il y a des jardins zoologiques et botaniques que le peuple aime assez à fréquenter ; on ne peut pas obtenir du rigorisme anglican qu'on les laisse ouverts le dimanche , et les évêques , si scrupuleux pour le reste, sont indifférents au scandale des gin's shops publiquement ouvertes et fréquentées le dimanche ! N'est-il pas étrange que la seule chose permise au peuple soit de s'enivrer?
La consommation des liqueurs spiritueuses dans la Grande- Bretagne dépasse toutes les proportions imaginables. L'Angleterre proprement dite , population 15,897,187 habitants, consomme annuellement 12,341,238 gallons (l)de liqueurs spiritueuses, soit 7 pintes 1/9 par tête; l'Irlande, population 7,767,401 habitants, consomme 12,293,464 gallons, soit 15 pintes par,tête; l'Ecosse, population 2,565,114 habitants, consomme 6,767,715 gallons, soit 25 pintes par tête (2) ! Pour que le lecteur comprenne bien l'énormité de ces chiffres , nous ferons remarquer qu'à Paris , population de près d'un million (906,126 habitants) on ne consomme que 42,785 hectolitres i d'eau-de-vie , soit 4 litres 70 centilitres par individu. La pinte étant au plus d'un demi-litre, il se trouve que dans toute l'Angleterre la moyenne de la consommation est à peu près la même qu'à Pans, ville capitale, de grande consommation, surtout pour les spiritueux; la moyenne de toute l'Irlande est, en mesures françaises , de 7 litres 58 centilitres par tête ; celle de l'Ecosse, de 15 litres 06 centilitres, trois fois plus grande que dans la capitale de la France !
Et ce sont les misérables qui consomment la plus grande partie des liqueurs fermentées ; ce sont les hommes qui , selon M. Symons, parviennent à peine, par les efforts les plus laborieux , à maintenir la balance entre une nourriture insuffisante et la mort par la faim ; ce sont les plus misérables d'entre les
(1) Le gallon équivaut à huit pintes anglaises, et en mesures françaises, à 4 litres 543 millilitres.
(2) Handloom Weavevs lnquiry, part, i. Report ofSymons. p. 52.