‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 30 sur 224 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

parlement revenir sur cette loi pour en recommander l'exécution, la modifier et la commenter suivant les circonstances. C'étaient des règlements sans fin, une intervention à chaque instant répétée du gouvernement dans le régime intérieur de l'économie nationale. Après avoir réglé les salaires , on faisait des lois contre les vagabonds , les mendiants , les musiciens ambulants et les saltimbanques , on prononçait contre eux des peines atroces , pour en débarrasser les grandes routes et les rues des villes ; et l'épouvantable sévérité qu'on déployait contre eux n'empêchait pas qu'il ne fallût chaque jour recommencer à faire des lois et à punir (1).

Après la réforme et la spoliation des couvents par Henri VIII, le nombre des vagabonds, des mendiants et des voleurs s'accrut dans une effrayante proportion. Un document conservé par un juge de paix du comté de Sommerset, et cité par Morton , nous donne la statistique suivante de l'application des lois pénales en Angleterre pendant l'année 1596. Dans cette seule année, et dans ce seul comté de Sommerset, il y avait eu , suivant le juge de paix Strype , quarante personnes exécutées pour vol, larcin et autres félonies , trente-cinq avaient eu la main brûlée, et trente-sept avaient été punies du fouet; le même document ajoute qu'il y avait alors dans chaque comté trois ou quatre cents vagabonds (2).

Sous le règne d'Edouard VI, la législature fait entendre constamment des plaintes contre le vagabondage et la fainéantise. C'est alors que la pénalité prit un caractère atroce. Comme ces anciens statuts sont à nos yeux les prédécesseurs naturels de la loi des pauvres , nous en citerons, en les résumant, quelques dispositions principales. — « Tout homme ou femme, dit un statut d'Edouard VI , qui vivrait sans rien faire pendant trois jours et serait en état de vagabondage, aurait la lettre V imprimée sur la poitrine avec un fer rouge, et serait adjugé

(1) Voyez sir Morton Eden : The slate of the poor, 3 vol. in-4», 1er vol.

(2) Sir Morton Eden , 1er vol. Harisson (Description of England), nous assure que sous Henri VIII, soixante-douze mille voleurs, petits et grands, furent mis à mort. Hume , 8e vol. chap. 15, dit que le nombre des prisonniers pour dettes excédait soixante mille.

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