‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 33 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

par le parlement , favorisaient ces scandaleux procès , de sorte que la paroisse se trouvait obligée de donner aux avocats et gens de justice une part importante dans le produit de ses taxes (1). Quelle grande expérience a faite ici l'Angleterre pour le reste du monde! Avec la patience infatigable qui lui est propre, elle a gardé une loi économique mauvaise jusqu'à ce que cette loi eût produit toute la somme de mal qu'elle devait produire. II a fallu deux siècles, et l'Angleterre s'est résignée à attendre pendant deux siècles. En ce moment, elle recommence une expérience plus périlleuse encore , et elle attendra ainsi jusqu'à la fin, jusqu'à ce que le monde au moins ait profité de son exemple. Nous aurions pu citer par milliers les faits scandaleux et immoraux, les vexations cruelles auxquelles cette loi a donné lieu; nous aurions montré les inspecteurs des pauvres expulsant le même jour, en vertu d'un procès gagné, trente ou quarante familles de leur territoire (2) , se cotisant avec les propriétaires pour acheter et démolir des cabanes, ces nids à marmots et à mendiants y afin que l'indigent n'y recélât plus sa ruineuse misère (3). Mais l'ancienne loi des pauvres est aujourd'hui jugée sans appel.

Nous avons hâte de terminer cette courte excursion dans le passé pour arriver à l'étude des misères présentes de la nation anglaise. Où trouver un symptôme plus évident de l'existence et de l'étendue du paupérisme chez un peuple que cette préoccupation perpétuelle de la législature oblige chaque jour à faire des lois sur les pauvres! La loi de 1834, que nous allons étudier bientôt, ne sera pas la dernière!

Maintenant que nous avons suffisamment, bien que d'une façon indirecte , constaté l'existence de la misère en Angleterre,

(1) Mac Farland rapporte qu'un procès entre deux paroisses , à l'occasion d'un seul indigent, a souvent coûté plus d'argent qu'il n'en avait fallu pour assister tous les pauvres des deux paroisses.

Mac Farland Researches. — Researche II, chap. VII.

La Quaterly Review (janv. 1818) nous apprend qu'une cour trimestrielle d'assises a jugé 4,700 appels de causes d'indigents en une seule année.

(2) Edimburg Review. Mai 1828.

(3) Ibid.

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